Quels sont les enjeux de la taxonomie de la finance durable

Une chronique signée Monique Goyens, Directeur Général BEUC.

Quels sont les enjeux de la taxonomie de la finance durable
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Contribution externe

La taxonomie de la finance durable est une classification des activités économiques qui définit officiellement les critères que doivent respecter ces activités pour pouvoir relever de la finance verte.

Les règles de base ont été adoptées à grands fracas en 2020, mais doivent encore être complétées par des règlements d’exécution de la Commission, les fameux actes délégués.

Les travaux d’exécution sont en cours. Ils sont extrêmement ardus et techniques, et sont confiés aux « experts », dans le cadre de groupes de travail. Le travail repose en très grand partie sur la contribution des ONG environnementales, qui font un travail de fond formidable.

Pourquoi c’est important ?

Pour réussir la transition verte, il est essentiel que des investissements suffisants soient dirigés vers les activités qui soutiennent cette transition. La taxonomie devrait permettre :

· à tous les investisseurs : publics, fonds de pension, fonds d’investissement, investisseurs privés, d’affecter leur argent à ces activités;

· aux entreprises (privées, mais aussi sociales ou publiques) qui s’engagent activement dans la transition verte d’avoir accès aux capitaux ;

· aux investisseurs d’être protégés contre le greenwashing ;

· aux investisseurs, mais aussi aux travailleurs (en raison des investissements des fonds de pension) d’être protégés contre les risques d’actifs déclinants : le risque que courent en effet ceux qui actuellement investissent dans des activités appelées à disparaitre.

Le risque de faire de la taxonomie un instrument de greenwashing institutionnel

La Commission vient d’adopter un premier acte délégué, sur le climat, préparé initialement sur base des travaux des experts. Or, en dernière minute, des modifications ont été apportées au texte, incluant comme secteurs éligibles le gaz fossile, la sylviculture et la bio-énergie. Ces modifications mettent à mal les avancées bienvenues dont peut se prévaloir ce texte, car inclure ces trois secteurs revient à faire de la taxonomie un instrument de greenwashing institutionnel. Avec la bénédiction du législateur européen, ces secteurs pourraient, se prévaloir officiellement de relever de la finance verte.

Un précédent dommageable pour le Pacte vert européen

La taxonomie est la première matérialisation du Pacte vert européen. Cette stratégie a été annoncée comme mettant l’Europe aux commandes sur la transition verte. Or, ici, la chute des ambitions est dramatique. il ne s’agit « que » d’informer convenablement sur ce qui est ou pas de la finance durable ; il ne s’agit en rien ni d’interdire des activités, ni d’interdire leur financement. Si, déjà sur ce type de mesure, la Commission revient sur ses ambitions, la transition verte risque fort d’être vouée à l’échec.

Un précédent immoral et illégal

Le règlement 2020 est clair : les critères sont des critères scientifiques et la science est claire sur les enjeux et sur la nécessité de ne pas considérer comme durable des secteurs la bio-énergie ou la sylviculture (sous réserve de certaines conditions strictes). Avoir introduit en dernier moment, sous

la pression de certains intérêts particuliers, des mesures qui ignorent la science, est non seulement immoral, mais aussi illégal par rapport au règlement de base.

On trompe les investisseurs et par ricochet les travailleurs

La taxonomie étant destinée à guider les investisseurs, ils « dormiront sur leurs deux oreilles » en optant pour la finance présentée comme durable en application de la taxonomie. Or tout investissement dans un secteur non durable est à risque de perte de valeur à terme. C’est pourquoi la sauvegarde des investissements qui permettent les paiements des pensions et retraites est essentielle dans cette discussion (si votre fonds de pension n’investit que dans l’énergie fossile, vous êtes mal…).

On fait du tort au-delà du monde des investisseurs

Pas tous les consommateurs sont investisseurs. Mais nous aurons besoin de tous les consommateurs pour entamer les changements systémiques de nos modes de vie. Pour ce faire, il faut offrir aux consommateurs des alternatives durables attractives et financièrement intéressantes. En déviant les investisseurs potentiels vers des options non durables, on prive justement les entreprises plus innovantes de développer ces alternatives durables, retardant par la même occasion, les transformations nécessaires à nos modes de consommation. C’est un luxe que nous ne pouvons pas nous permettre.