Désactiver la publicité en ligne, c'est vouloir "le beurre et l’argent du beurre sans acheter le beurre"

L’accès illimité au Net est devenu un dû. Or, il a un coût que certains ne veulent plus payer par pudeur excessive ou volonté de nier son modèle économique. Une chronique d'Albert Derasse, consultant en marketing prédictif.

L’internaute doit pouvoir surfer en sachant qu’il sera exposé à des messages publicitaires de plus en plus ciblés.
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Contribution externe

J’entendais hier un animateur radio dire à l’antenne : "Et pour ceux qui veulent découvrir le clip de 1982, allez jeter un œil sur YouTube…" J’y ai foncé… Et je me suis régalé !

L’accès instantané et illimité à une information ou un divertissement sur le Net est devenu en quinze ans une habitude, un réflexe, un comportement instinctif… et un dû. Or, cette fenêtre sur le monde a un coût que certains ne veulent plus payer par pudeur excessive ou voulant nier l’évidence : le modèle économique qui est le pilier du World Wide Web, "la grande toile mondiale"…

Vous connaissez peut-être l’expression : Si c’est gratuit, c’est vous le produit. Je la trouve à la fois fausse et provocante et je préfère avancer avec réalisme : "Si c’est gratuit, c’est qu’il y a un produit !" En 2009, Chris Anderson, entrepreneur et journaliste américain, auteur de plusieurs livres sur l’économie de l’Internet, se penchait sur l’économie du gratuit et la modélisait. Un des modèles dont il est question ici est la relation tripartite . Qu’on pourrait illustrer ici comme suit : mon accès à cette information pléthorique (relation 1) se fait sans contribution financière parce qu’il existe cependant bien un échange monétaire entre les entreprises qui placent de la publicité en ligne et les éditeurs de contenu en ligne (relation 2). À travers mes achats de produits ou services auprès de ces annonceurs (relation 3), une transaction a lieu.

C’est aussi plus ou moins le modèle qui vous permet, grâce à la publicité, d’avoir accès pour un prix très raisonnable à une information de qualité à travers le quotidien que vous tenez entre les mains ou consultez actuellement en ligne…

Adblockers

Si l’on pousse le raisonnement plus loin, c’est l’ensemble des organisations présentes sur la toile, même publiques et non marchandes, qui profite de ce modèle économique. Vous le savez sans doute : les sites que vous visitez sont hébergés dans des data centers. L’hébergement de milliers de sites (dans leur majorité, ce sont des sites à vocation commerciale) favorise les économies d’échelle en mutualisant une série de frais fixes, d’infrastructure notamment, ce qui permet aux organisations de maintenir un site en ligne aujourd’hui pour moins de 100 euros par an.

Et donc quand j’observe que des internautes assidus téléchargent des adblockers , des petits logiciels qui désactivent la publicité en ligne et ne les exposent pas aux messages publicitaires, c’est, là, nier le principe économique qui rend leur surf possible… C’est vouloir "le beurre et l’argent du beurre sans acheter le beurre", pour déformer une autre expression bien connue.

Les cookies… et les autres

Dans le même esprit, Google l’a annoncé, 2022 sonnera la disparition des cookies tiers sur Chrome. Si vous l’ignorez, un cookie est un petit fichier déposé sur votre machine, pour stocker des informations qui permettent de suivre votre parcours sur plusieurs sites web. Ce changement redessinera la manière dont nos comportements en ligne seront tracés pour nous faire des propositions commerciales dictées par nos centres d’intérêt. What else ? …. Car, n’en doutez pas, le cookie tiers n’est pas le seul moyen de nous suivre sur la toile. Les alternatives sont prêtes et nécessiteront un consentement explicite du surfeur.

Car, en effet, l’internaute doit pouvoir surfer en connaissance de cause. De manière explicite, il doit pouvoir accepter de se dévoiler sachant qu’il sera exposé à des messages publicitaires de plus en plus ciblés qui, s’ils sont finement amenés et pertinents, influenceront certainement ses comportements d’achat. Ceux qui ne connaissent pas les règles… doivent les connaître !

Finalement, depuis la première publicité en ligne en 1994, les règles du jeu n’ont pas fondamentalement changé. On peut même dire que plus de transparence a été apportée ces dernières années par le règlement RGPD régulant la protection des données personnelles… C’est l’informatique et la technologie qui ont rendu la publicité en ligne plus fine et plus efficace.

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