Inclure la durabilité dans son entreprise : Vers une nouvelle façon d’entreprendre

Agir en acteur responsable ? C’est l’objectif de l’université et de certains des étudiants entrepreneurs. Une chronique signée Sélénia Anastasia, Anaïs Angelucci (doctorantes en entrepreneuriat à l’UCLouvain), Julie Hermans et Amélie Jacquemin (professeures en entrepreneuriat à l’UCLouvain).

Inclure la durabilité dans son entreprise : Vers une nouvelle façon d’entreprendre
©J-L Flémal
La Libre Belgique

Ce que l’on appelle "durabilité" ou "soutenabilité" n’est pas nouveau. Cette notion est largement utilisée depuis les années 1990 lorsqu’il s’agit de débattre de la pérennité de notre société. À l’intersection des trois dimensions que sont l’économie, l’environnement et l’équité sociale, la durabilité esquisse ce monde en transition que nous devons aux générations futures.

En Belgique comme dans le reste de l’Europe, les PME et les entrepreneurs représentent la très grande part du tissu économique. Ces acteurs ont donc leur rôle à jouer face à l’enjeu de durabilité, ainsi que les universités qui, en amont, forment les futurs managers et entrepreneurs de demain.

L’éducation à l’entrepreneuriat durable

L’éducation à l’entrepreneuriat est, en général, de plus en plus teintée par cette coloration du durable. Il ne s’agit plus seulement aujourd’hui de doter les candidats entrepreneurs d’outils et d’approches pour créer ou reprendre une entreprise, mais de les éveiller aussi aux différentes formes qu’une organisation peut prendre (marchande comme non marchande), de les conduire à s’interroger sur les valeurs qu’ils souhaitent défendre à travers ces organisations, et développer de nouveaux modèles d’affaires plus durables. Sur ce dernier point, les modèles d’économie circulaire permettent d’adresser les enjeux liés aux déchets et à la surconsommation. D’autres modèles, comme celui du "un pour un", visent, quant à eux, à fournir, pour chaque produit ou service acheté, un produit ou service identique gratuit à une personne dans le besoin. Des cours spécifiquement dédiés à l’entrepreneuriat durable apparaissent également dans les programmes.

Parallèlement, l’intrapreneuriat durable a également le vent en poupe en offrant aux travailleurs la possibilité d’agir de façon entrepreneuriale au sein de leur organisation. En effet, selon Accenture, 48 % des PDG en 2019 sont persuadés que l’intégration de la durabilité peut contribuer au succès futur de leur business. Les entreprises sont ainsi à la recherche de nouveaux collaborateurs capables d’intégrer cette dimension dans leur prise de décision et recherche d’opportunités.

Et concrètement ?

À l’UCLouvain, le cours de Social and Sustainable Entrepreneurship a fait depuis plusieurs années et de façon pionnière son apparition dans le cadre de la Formation interdisciplinaire en création d’entreprise CPME. Tout récemment, l’université a mis en place le plan Horizon 600 qui vise à incarner l’université durable pour 2025. D’une part, l’objectif est d’éduquer les 31 000 étudiants à transiter vers un développement soutenable de la société à travers la valorisation des personnes et la prise en compte des ressources limitées de la terre. D’autre part, l’université vise également une réduction de son empreinte carbone et réalise des investissements durables depuis 2017.

À côté de l’enseignement, les académiques ont également des activités de recherche. Sur cette dimension, la durabilité est également au cœur de nos activités. Une recherche vient d’être plus spécifiquement lancée sur l’éducation à l’entrepreneuriat durable. Il s’agit d’interroger l’efficacité des objectifs et des méthodes d’apprentissage de l’entrepreneuriat durable. La pertinence pour les acteurs de terrain des compétences transmises dans ces cours est également étudiée. Cette sensibilité au durable dépasse néanmoins les seules recherches en entrepreneuriat. À l’UCLouvain, nombreux sont les jeunes chercheurs intégrant en effet cette nouvelle dimension dans leurs domaines de recherche.

Par exemple, des recherches sont menées sur les répercussions du Covid-19 sur une consommation plus verte des produits alimentaires dans le domaine du marketing ou encore, l’intérêt des investisseurs pour des fonds durables en finance.