Accord social : le sens des réalités

Une chronique signée Monica De Jonghe, directrice générale de la FEB et David Ducheyne, président de HRPro.be.

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Contribution externe

Il n'est pas exagéré de dire que l’accord social conclu par le Groupe des Dix la semaine dernière a échauffé les esprits. Bien que cet accord couvre bien plus que la problématique de la fin d’une carrière, ce sujet semble particulièrement avoir suscité l’émoi. La communauté HR active sur le terrain nous a envoyé de nombreuses réactions à ce sujet.

Nous savons depuis longtemps que l’âge réel de la pension doit augmenter. Bien que l’âge légal de la pension ait été porté à 67 ans, l’âge de départ effectif est beaucoup plus bas. Mais ce chiffre est en hausse, tout comme le taux d’activité des plus de 50 ans. La retraite anticipée est également plus difficile qu’auparavant, puisque l’âge du "régime de chômage avec complément d’entreprise" (RCC), l’ancienne prépension, a été porté à 60 ans. L’accord ne change rien à ces dispositions. Il confirme la limite d’âge pour le RCC et permet à deux catégories particulières de collaborateurs de travailler quatre jours par semaine ou à mi-temps à partir de 55 ans, ce qu’on appelle les emplois de fin de carrière. Ce n’est ni plus ni moins que cela.

Nous ne pourrons pas augmenter le taux d’activité si nous ne sommes pas attentifs aux problématiques individuelles que cachent les chiffres collectifs. Nous ne pouvons donc pas fermer les yeux sur la problématique des carrières longues et des métiers pénibles. Nous constatons en effet que, pour de nombreuses personnes, il n’est pas facile de terminer leur carrière en bonne santé à l’âge prévu. C’est à cela que l’accord entend remédier.

Mettre à profit les compétences

Les emplois de fin de carrière ont été présentés par le passé comme un moyen d’allonger la carrière professionnelle. Certaines organisations proposent à leurs collaborateurs de réduire leurs prestations ou d’accéder à une fonction alternative. Le but est d’écarter ces personnes des métiers pénibles et d’utiliser leurs compétences d’une autre manière : comme coach, contrôleur de qualité, employé administratif, etc. Toutefois, ces fonctions ne sont pas si nombreuses et il faut donc trouver des solutions au cas par cas.

La mise en place d’un emploi de fin de carrière à 55 ans pour les personnes qui exercent un métier pénible ou qui ont une longue carrière vise à les maintenir plus longtemps sur le marché du travail, en leur offrant la possibilité de travailler à temps partiel. Cela a effectivement un coût, mais il est sensiblement moins élevé que celui d’une incapacité de travail, d’un chômage ou d’un RCC. D’ailleurs, si les emplois de fin de carrière à mi-temps n’ont que peu de succès, c’est parce que l’Onem ne subventionne qu’une petite partie de l’inactivité. Dans le régime de quatre jours, la perte salariale est proportionnellement beaucoup plus faible, voire nulle pour les personnes ayant un bas salaire. Plutôt que de considérer l’accord comme une "spoliation des générations futures", on peut aussi le voir comme un petit pas en avant. En effet, en plus de maintenir l’âge du RCC à 60 ans, il donne aux employeurs une possibilité supplémentaire de garder les personnes qui répondent aux critères et de leur offrir une solution.

La concertation sociale consiste à faire de concessions et à chercher ensemble des solutions applicables qui apportent une réponse aux problèmes sociétaux qui se manifestent sur le lieu de travail. Cet accord n’est qu’une première étape. Il importe à présent de poursuivre le travail dans la perspective de la conférence sur l’emploi. Ceux qui ont une certaine expérience de la concertation sociale savent qu’il faut s’écouter mutuellement pour pouvoir rapprocher les points de vue. Cela implique souvent de faire des compromis qui ne visent pas à gagner un quelconque prix de beauté, mais à aller de l’avant et à maintenir la paix sociale. Les personnes qui sont en dehors du jeu et qui s’insurgent sur la base de leur seul point de vue feraient mieux de venir voir de plus près la réalité du lieu de travail et de la concertation sociale.