Durabilité : conseils d’administration, engagez-vous en six étapes

Pour construire le monde durable de 2050, il est temps d’agir. La transition requiert vision et cohérence. Une chronique signée Isaline Desclée, consultante en durabilité et stratégie chez Winch Projects.

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Contribution externe

Les enjeux nécessitant de combiner responsabilité sociétale et profit financier sont complexes pour nos décideurs d’entreprises, tout comme les dilemmes court terme versus long terme. En conséquence, ils sont souvent dépourvus quant à l’approche à adopter pour engager leur société sur une voie plus durable. Il est pourtant du devoir du conseil d’administration (CA) de s’engager. Car le temps presse.

Une question de rôles et de responsabilités

Le rôle fondamental du conseil est d’assurer collégialement la pérennité de l’entreprise. Or, en ce moment, cette pérennité est mise en danger par la déliquescence des systèmes sociaux et environnementaux auxquels les entreprises appartiennent. Guidées par leur conseil et leur management, celles-ci doivent donc redéfinir leur rôle envers ces écosystèmes, créer de la valeur pour tous et n’en détruire pour personne.

La stratégie fait également partie des compétences du conseil d’administration. Elle est traditionnellement "préparée par le management et validée par le CA." Comment, en 2021, valider une stratégie qui n’intégrerait pas dans ses maillages les plus fins les risques et opportunités présentés par les enjeux de la durabilité ?

Tous les thèmes fondamentaux que l’on retrouve au conseil d’administration impliquent des prises de décision en matière durable : audit et choix d’investissement, risques et mitigations associées, gestion des ressources humaines, conformité aux législations…

L’enjeu durable est si complexe qu’il peut s’avérer décourageant à aborder. Pourtant, à l’instar de la digitalisation, c’est une compétence émergente à propos de laquelle les bonnes questions doivent être anticipées et posées au management.

Une méthode structurée pour engager l’entreprise

Bien que de nombreux administrateurs considèrent les observations précédentes comme une évidence, l’on constate souvent un cruel manque de know-how par rapport à la façon dont l’entreprise devrait s’y prendre. Pas étonnant, puisque les premiers outils d’aide à la décision en matière de stratégie durable sont récents.

Six étapes devraient être prises en compte, à synchroniser et itérer à l’envi :

1. Se former en continu. L’ensemble du conseil devrait développer une compétence durable spécifique à la région, au secteur, au modèle d’affaires et à la culture de l’entreprise pour comprendre les enjeux qui lui sont propres. Il s’agit d’une démarche de fond associée à l’analyse de matérialités : dans l’écosystème de l’entreprise, qu’est-ce qui est significatif pour qui, au présent comme au futur ?

2. Situer l’entreprise par rapport à son engagement et ses pratiques actuelles. C’est l’analyse de durabilité, dont certains outils sont disponibles sur Internet tels que le BCorp Impact Assessment, qui délivre gratuitement un bulletin durable sur base de 200 questions.

3. Sur ces bases, il s’agira de définir l’ambition durable de l’entreprise. Celle-ci devrait dépasser le simple green planning qui se limiterait typiquement à investir dans une nouvelle chaudière et à en attendre complaisamment la réduction de consommation énergétique. Celle-ci ne mènerait l’entreprise qu’à une fraction des 55 % de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre attendus pour 2030.

A contrario, adopter une ambition durable holistique et stratégique apportera à l’entreprise les éléments créateurs de valeur qui la différencieront sur les marchés de demain.

4. Pour une implémentation efficace, l’ambition devra être découpée en objectifs concrets, hiérarchisés et cadrés par des délais précis selon le principe du rétroplanning. La démarche globale sera renforcée en concentrant les premiers efforts sur les actions dont l’impact et le retour sur investissement seront forts et/ou rapides. Ce que les anglophones aiment appeler les low-hanging fruits, et les quick wins.

5. Le changement et ses effets collatéraux demandent suivi et rigueur. Seuls les résultats factuels étant dignes de confiance, il convient de veiller aux mesures systématiques, aux indicateurs de performance et à des outils de monitoring qualitatifs et cohérents.

6. Enfin, communiquer. C’est une démarche indispensable en interne pour assurer l’implication des collaborateurs. Envers le monde extérieur, cela aide les parties prenantes à s’engager. Sans nul doute, l’authenticité du ton sera plus payante que les discours édulcorés qui pourraient mener l’entreprise à des accusations de greenwashing.

Il est temps d’embrayer

Gouvernements, finance, entreprises : chacun de ces piliers de notre économie se met en mouvement pour construire le monde durable de 2050. Concernant les entreprises, l’urgence et l’ampleur de la transition nécessaire exigent vision, guidance et cohérence. Autant d’atouts qui se trouvent dans les mains de nos conseils d’administration. Administrateurs, le momentum se déroule maintenant.