Quand les banques jouent au cache cash

Une chronique signée CSC Seniors, Financité, TSE- CSC, CNE, Ainés du CDH, Espace Seniors, Altéo, BAPN, Commission wallonne des prépensionnés et pensionnés FGTB, âgo Asbl, Neos vzw, ABVV-FGTB, De Gezinsbond, Fédération des Services Sociaux, Vlaamse actieve senioren, ACLVB, ACV-CSC, OKRA, Enéo

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Contribution externe

La presse vient de se faire l’écho d’un accord négocié secrètement entre le gouvernement et le secteur bancaire afin d’offrir aux clients « non numériques » un service bancaire universel au prix maximum de 60 euros par an comprenant au minimum 60 opérations manuelles, 24 retraits au distributeur de sa banque et l’impression des extraits de compte à l’agence. Ce projet, déjà fort critiquable en raison de son caractère non contraignant, est voué à l’échec. Comment en effet accéder à ce service quand il n’y a plus d’agence bancaire à une distance raisonnable de chez soi ?

Mais il n’y a pas que les agences bancaires qui ferment… L’heure des distributeurs automatiques de billets (DAB) a également sonné. C’est en tout cas ce que prévoit le projet Batopin, une émanation des quatre grandes banques du Royaume ( ING, BNP Paribas Fortis, Belfius Banque et KBC Banque). Alors qu’elles détiennent un peu plus de 67% des comptes à vue en Belgique, c’est dire si leur projet va impacter la population.

Mais Batopin, c’est quoi ? A travers la création d’une société, ces quatre banques ont décidé de gérer en commun leur réseau de distributeurs de billets. Réseau qui verra donc naître des distributeurs « neutres » appartenant aux quatre banques. Vu comme cela, pas de problème en apparence. Sauf que Batopin c’est surtout une restructuration massive des DAB qui entraînera la suppression de la moitié d’entre eux. Si aujourd’hui les quatre banques détiennent 5 062 distributeurs implantés sur 2 500 sites, Batopin détiendra un maximum de 2 000 à 2 400 distributeurs implantés sur seulement 650 à 750 sites pour la totalité du Royaume. Et ce, d’ici 2024-2025. Mais soyons rassurés, selon les quatre banques, 95% de la population aura accès à un DAB à 5km. Que fait-on des 5% qui restent ? 50.000 personnes quand même… Et que fait-on de tous ceux et celles qui ne savent pas/plus se déplacer, qui ne sont pas motorisé.e.s et isolé.e.s ? 5Km à pied pour une personne en bonne santé équivaut à une heure de marche… 5km à pied, ça use… D’autant que ces nouveaux appareils proposeraient un nombre limité de services. Même les dépôts d’espèces ne seraient pas possibles dans tous les appareils. Il faudra sans donc se déplacer à plus de 5km. Et au-delà de 5km, ça use encore plus…

Certains argueront que rares sont les personnes qui payent encore en liquide, que le cash, c’est de l’histoire ancienne et que diminuer l’offre des DAB suit l’évolution de la demande. C’est aller un peu trop vite car même si son usage est en baisse, l’argent liquide reste le moyen de paiement privilégié, en nombre, pour les achats du quotidien et entre particuliers. Selon une étude de la Banque centrale européenne publiée fin 2020, 58% des transactions totales effectuées par les consommateurs belges en 2019 étaient payées en liquide, ces paiements représentant 33% de la valeur de toutes leurs transactions. En moyenne, un Belge effectuait 0,8 paiement journalier en liquide contre 0,4 par carte.

Cette marche forcée vers le tout au numérique laisse de côté ceux et celles qui, pour toutes sortes de raisons (capacités financières, compétences, handicap, etc.), n’y ont pas accès. La lutte ne doit pas se faire contre cette digitalisation mais contre son écrasante exclusivité. Quand on sait, par exemple, que 20% des clients de ces banques sont des personnes de plus de 65 ans et que ce public est particulièrement fragile face à la numérisation mais aussi que 40% de la population se trouve en vulnérabilité face à l’utilisation des technologies numériques, il est temps que les banques prennent la mesure de leurs actes et proposent des alternatives pertinentes et efficace au numérique. Il est temps que les pouvoirs publics et le monde financier prennent de véritables engagements pour maintenir des services bancaires accessibles à tous et toutes. Nous devons rappeler que la fonction bancaire de base n'est pas qu'une activité commerciale. Il s'agit d'un service public confié à des opérateurs qui doivent assumer la mission publique déléguée qu'ils exercent au service des citoyens et citoyennes.