Le choix cornélien d’une voiture de société, une décision qui n'est plus aussi simple que par le passé

Une chronique signée Charles Markowicz, expert-comptable certifié.

Le choix cornélien d’une voiture de société, une décision qui n'est plus aussi simple que par le passé
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Contribution externe

Les critères de choix se multiplient et surtout se complexifient pour ceux qui souhaitent acquérir une voiture de société en 2021. Jusqu’il y a quelques années, le dialogue entre un expert-comptable et son client dirigeant de PME qui souhaitait acheter une nouvelle voiture, pour un salarié ou pour lui-même, tournait autour de quelques questions bien canalisées, exception faite du choix de la marque, du modèle et des options.

La première question était de savoir s’il s’agissait d’un véhicule privé ou de société. Venait ensuite la question du budget, celle d’une motorisation diesel ou essence pour terminer par le mode de financement : achat propre, leasing au renting. Répondre à cet arbre de décision était assez simple et surtout systématique, venait ensuite le calcul du coût du véhicule, en fonction notamment de sa déductibilité fiscale.

Des régimes changeants

Si la Belgique compte autant de voitures de société, c’est parce que ce régime est une alternative partielle à l’extrême taxation des frais de personnel. Au fil du temps, la part des frais de voiture fiscalement déductibles a connu plusieurs tours de vis la réduisant au gré de chaque réforme fiscale de ces vingt dernières années. Ces variations donnaient aux uns et aux autres l’occasion de se plaindre de cette instabilité : il était difficile, disait-on, d’acheter une voiture pour plusieurs années sans savoir de quoi le futur serait fait.

La tendance rend les véhicules de société fiscalement moins intéressants : ceux à moteur thermique ne sont plus déductibles qu’à maximum 50 % (40 % pour ceux émettant plus de 200 grammes de C02 par kilomètre) ; le passage de la norme NEDC à la WLTP réduit souvent la déduction de 20 %. Enfin, les véhicules électriques ou hybrides émettant maximum 50 grammes de CO2 par km ne sont plus déductibles qu’à 100 % pour 120 % jusqu’en 2019.

Autre changement notable, le ministre Van Peteghem annonça récemment ses perspectives pour la fiscalité des véhicules de société, forcément moins favorable, ce qui donnera aux uns et aux autres une nouvelle occasion de se plaindre. Rien ne changerait pour les véhicules thermiques acquis avant le 1er juillet 2023, la déduction fiscale serait ramenée à zéro en 2028 pour ceux achetés à partir de juillet 2023. La fiscalité des véhicules électriques ne bougerait pas jusqu’en 2026 ; leur déduction baisserait progressivement à partir de 2027 pour être limitée à 67,5 % à partir de 2031.

Le choix d’une voiture de société considère aussi l’avantage de toute nature, ce montant mis à charge de l’utilisateur pour tenir compte de son usage privé. Or le passage à la norme WLTP engendre aussi un effet négatif pour le portefeuille des salariés et indépendants ayant une voiture de fonction.

La motorisation au cœur du choix

À côté de la fiscalité, d’autres critères de choix ont pris leur place, notamment celui de la motorisation : thermique, électrique, à hydrogène ? La décision est tout sauf évidente : le supplément de prix à payer pour acquérir une même voiture avec motorisation électrique est encore tel qu’il rebute de nombreux acheteurs ; lorsque la différence est de 10 000 € pour certains SUV, parfois plus pour une batterie de grande autonomie, il faut parfois plus de 6 ou 7 années pour amortir la différence et que le véhicule électrique ne devienne économiquement intéressant. Cela sans compter le coût du carburant, ce nouveau casse-tête à multiples critères : le type de borne de recharge, fournisseur et durée du contrat, alors que le prix du diesel ou de l’essence est plus facile à identifier.

L’autonomie actuelle des batteries électriques est un autre élément à intégrer dans le choix du véhicule. Si les possibilités de recharger des réservoirs à essence ou diesel sont fréquentes sur les autoroutes et n’allongent pas la durée des trajets, les stations de recharge électrique rapide le sont encore nettement moins, ce qui aiguille le choix de certains acheteurs vers les véhicules hybrides, entre les solutions thermiques et le tout électrique.

Le prix des batteries, par conséquent celui des voitures, devrait chuter à l’avenir. L’ambitieux plan du président américain Joe Biden, que la moitié des voitures vendues aux USA n’émettent plus de C02 dès 2030 augmentera la production de batteries ce qui devrait en abaisser les coûts. Surtout si comme l’espèrent certains fabricants de voitures, de nouvelles technologies de fabrication des batteries ne nécessiteront plus de terres rares.

Une question qui se complexifie de plus en plus

Au niveau des critères écologiques et d’utilisation, notons l’extension des zones de basses émissions de C02 où l’utilisation des véhicules à moteur thermique est restreinte. Par exemple, les Régions wallonne et de Bruxelles-Capitale ont décidé de bannir les véhicules diesel dès 2030 et Bruxelles ceux à essence en 2035.

Tous ces facteurs pèseront sur le coût de ces véhicules dont les valeurs de revente baisseront plus vite à l’approche de ces échéances. A l’opposé, une tendance semble aussi se dessiner de tenir compte de la valeur résiduelle des batteries électriques dont la durée de vie serait plus longue que celles des autres composantes des voitures. Faut-il dès lors patienter avant de changer de voiture?

On aura donc compris qu’en matière de véhicule de société, il n’y a plus d’arbre de décisions dichotomiques facile comme jusqu’il y a quelques années. Un tel achat repose dorénavant sur une analyse personnalisée en regard de critères économiques, fiscaux et environnementaux dont il résulte une ou plusieurs options à privilégier.

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