Défense européenne : Avec sa boussole stratégique, l’UE tente de garder le cap

En 2020, sous la présidence allemande, naissait le concept de "boussole stratégique". Une chronique de Stéphanie Heng, politologue franco-belge et experte en communication, et Alban de la Soudière, polytechnicien et fonctionnaire international.

Défense européenne : Avec sa boussole stratégique, l’UE tente de garder le cap
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Contribution externe

A leur arrivée à la tête de l'Union européenne (UE), Ursula von der Leyen et Charles Michel ont trouvé, en matière de défense, une boîte à outils encore peu utilisée : leurs prédécesseurs avaient mis en place un certain nombre d'outils et notamment les Coopérations structurées permanentes (CSP), le Fonds européen de défense (FED) et la Facilité européenne pour la paix (FEP).

Création du concept de "boussole stratégique"

La mise en œuvre de ces outils (CSP, FED et FEP) demandait un peu d’orchestration, ce qui donna lieu en 2020, sous la présidence allemande, à la naissance du concept de "boussole stratégique". La ministre de la défense française, Mme Parly, voudrait y voir une ambition pour l’UE d’agir à l’horizon 2030 dans quatre domaines : la gestion de crise, la résilience, le capacitaire ainsi que les partenariats.

Il n'y a rien de très nouveau en réalité. L’UE en parle depuis une trentaine d’années et diverses initiatives de la décennie 90 abordaient les mêmes thèmes (de "Petersberg" 1992 à "Berlin plus" 1999). A l’époque, il est vrai, ces initiatives étaient peu suivies d’effets concrets. Faut-il s’attendre à mieux 20 ou 30 ans plus tard ?

Brexit et évolution de contexte

Le problème s’est en réalité aggravé avec le Brexit car la France reste aujourd'hui le seul pays de l’Union vraiment intéressé par les questions de défense autres que le cadre transatlantique. Sans volonté, notamment allemande, il ne faut pas compter sur des progrès majeurs en la matière.

On peut déjà noter que le fameux plan européen de relance de 750 milliards d’euros ne comporte aucun volet "défense". Quant au CSP et au FED, des compromis semblent les ouvrir aux pays hors UE, y compris éventuellement aux Etats-Unis, ce qui tend à fortement relativiser la vision de Josep Borrell, vice-président de la Commission européenne et Haut représentant pour la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD), d’acquérir "un certain degré d'autonomie stratégique".

Relancer la "boussole stratégique" ?

La France prendra la présidence tournante de l’UE en 2022 et cherchera sans nul doute à relancer la "boussole" mais, force est de constater qu'aucun autre pays membre ne souhaite vraiment un leadership français dans le domaine de la défense. Cela limitera nécessairement les ambitions, si ce n’est l’initiative. Pourtant, en 20 ans, bien des choses ont changé, notamment en termes de vulnérabilités : Russie, Chine, migrations, espace, cyberespace, islamisme sur tous les continents y compris le nôtre. Bref, les menaces ne manquent pas.

L’UE, comme l’Allemagne, ne peut plus se contenter d’être un géant économique et un nain politique. Les outils sont disponibles. Il va falloir trouver les moyens et surtout la volonté de les utiliser. Espérons que l’on saura le faire proactivement plutôt que dans l’urgence en réaction à une crise géopolitique majeure, dont la probabilité est loin d’être négligeable.