L'IA, porteuse d’emplois pour demain, se heurte souvent à une "aversion aux technologies"

Éduquer et former pour soutenir l’adhésion des humains face aux machines intelligentes. Une chronique d'Ingrid Poncin, titulaire de la chaire Partenamut-IPM Digital Marketing, UCLouvain Fucam Mons.

Les entreprises qui ont investi le plus dans les technologies sont aussi celles qui ont créé le plus d’emplois.
Les entreprises qui ont investi le plus dans les technologies sont aussi celles qui ont créé le plus d’emplois. ©Shutterstock
Contribution externe

Nombreux sont les articles qui traitent du remplacement de la main-d’œuvre humaine par des machines intelligentes. Dès 1965, l’économiste Simon (1) affirmait que les évolutions des technologies les rendraient capables de remplacer les humains, quel que soit le type de travail. Plus effrayant encore, à la différence des précédentes révolutions industrielles, les économistes prévoient que les emplois non qualifiés ne seront pas les seuls touchés. Les prévisions les plus alarmistes au début des années 2000 parlaient d'une disparition de près de 50 % des emplois américains et, plus récemment, l’OCDE prévoyait, elle, une réduction d’environ 14 % dans les 15 prochaines années en Europe. Les métiers dont les tâches peuvent être automatisées à plus de 70 % ne seront pas les seuls menacés, de nombreux métiers seront fortement transformés.

Créations d’emplois

Pourtant, un article récent publié par des chercheurs hollandais infirme l’assertion populaire selon laquelle les technologies conduisent à une diminution de l’emploi et au remplacement des humains par des machines. Ainsi, durant les 10 dernières années, les entreprises qui ont investi le plus dans les technologies et l’intelligence artificielle sont également les entreprises qui ont créé le plus d’emplois. L’investissement dans ces technologies a permis de libérer du temps et des moyens pour soutenir d’autres activités notamment liées à l’innovation et reflète souvent des business models plus innovants pouvant s’adapter plus rapidement à l’évolution des marchés.

Ces dernières années, les capacités de l'intelligence artificielle (IA) ont de loin surpassé celles des humains dans les domaines complexes. Si les expériences mobilisant des robots humanoïdes en service rapportent des expériences pour le moins mitigées, nombreuses sont les entreprises qui ont adopté ces technologies sous forme de logiciels d'analyse ultra-performants. Citons, par exemple, l'arrivée de la technologie Watson qui est venue épauler l'activité d'analyse de dossiers de nombreux banquiers, la mise en place d'une procédure de recrutement augmenté par l'Oréal grâce à une IA permettant de sélectionner plus efficacement les CV, ou encore les logiciels d'analyses d'expressions faciales pour évaluer l'efficacité de vidéos publicitaires.

Une aversion aux technologies

Pourtant, la majorité des expériences d’intégration se revèle encore trop souvent être des échecs car subsiste notamment un phénomène étudié sous le nom d’aversion aux technologies. Ce phénomène souligne la préférence pour la grande majorité des humains d’interagir ou de collaborer avec l’humain, même s’ils ont observé au préalable que la technologie était de manière évidente plus efficace. Comprendre l’importance de ce phénomène conduit à intégrer l’importance du choix et du contrôle perçu par l’humain et la nécessité de former et éduquer pour une meilleure adhésion des équipes et des consommateurs. Il semble indispensable de s’attarder davantage sur la dimension humaine dans la transformation de nos vies et de nos entreprises.

Ainsi, une enquête mondiale auprès de 3 000 employés répartis dans huit pays (Workplace Institute, 2018) a révélé que la plus grande préoccupation des employés n'est pas l'arrivée de l'IA sur le lieu de travail, mais plutôt le manque de transparence dans sa mise en œuvre et son utilisation. Ainsi, l'OCDE a proposé dix recommandations mettant en évidence des valeurs centrées sur l'humain et l'équité, la responsabilité, l'importance de la transparence et de l'explicabilité. Dans cette perspective et pour permettre davantage d'adhésion, l'initiative de l'université d'Helsinki est à souligner. Dans le cadre de l'Union européenne, une formation en ligne, Elements of AI, permet de comprendre comment l'IA s'appliquera à son métier et quelles compétences - notamment soft skills, ces qualités humaines et relationnelles que les IA ne savent pas encore imiter - pourront être développées. Finalement, selon l'OCDE, "l'acquisition de compétences constitue une protection importante contre les risques associés à l'automatisation. Pour réussir dans cette ère numérique, tous les travailleurs devront posséder un vaste ensemble de compétences cognitives, non cognitives et sociales". Les acteurs de l'éducation et de la formation ont donc un rôle essentiel à jouer pour relever les nombreux défis soulevés par l'intégration des IA dans nos vies.

(1) Simon, H. A. (1965) - The shape of automation for men and management (Vol. 13) - New York - Harper&Row

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