Entrepreneurs en transition #3 : Le prix d’un monde avec davantage de sens

Dans un monde en transition, on va se retrouver avec une multiplication de métriques utiles… qui ne s’additionnent pas. Une chronique de Roald Sieberath, multi-entrepreneur, coach de start-up et responsable de l’Accélérateur Transition pour LeanSquare, professeur invité à l’UCLouvain et à l’UNamur.

Contribution externe
Roald Sieberath.
Roald Sieberath. ©D.R.

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On l’a vu : l’entrepreneur en transition est invité à donner lui-même du sens à son activité, un sens qui rejoigne son

why

profond, ou "ce dont le monde a besoin" dans le modèle de l’

ikigaï

. Il y a là une version très noble de l’entrepreneuriat, qui invite à être créateur de sens, sur base de qui l’on est profondément.

On est dans les niveaux supérieurs de la pyramide de Maslow, et ça explique sans doute une bonne part de l’attrait de ces démarches.

Néanmoins, ce côté très ancré (et très personnel) de l'entrepreneur en transition va impliquer que l'on va faire face à une variété de directions : l'une voudra agir sur le CO2, l'autre s'attachera à l'impact humain, une troisième favorisera l'économie de ressources.

Alors que dans l’économie classique, toute l’activité pouvait au final se résumer à deux ou trois chiffres exprimés dans la même unité (monétaire : le chiffre d’affaires, la marge, la capacité de financement), dans un monde en transition, on va se retrouver avec une multiplication de métriques utiles… qui ne s’additionnent pas.

Hétérogénéité

D'une certaine façon, on pourrait dire que l'on en vient à comparer des pommes (le CO2 économisé par une entreprise) et des poires (le facteur humain choyé dans une autre).

Nous pensons que ce côté hétérogène fait partie de la complexité nécessaire de ce type de projet : on ne peut plus faire l'impasse sur une série de considérations, et n'en voir que l'impact sur la seule bottom line (du bénéfice).

Nous avons, par exemple, rencontré une entrepreneuse qui promeut les couches lavables dans les crèches : elle a pu mesurer ou trouver des études, et mettre en avant ce que cette formule économisait en termes d'eau, de CO2, de ressources naturelles… Et bien entendu, faire face à des esprits critiques qui veulent comparer la couche jetable avec le cycle complet de la couche lavable, y compris son transport, l'eau pour la laver (ce que l'on appelle l'analyse du cycle de vie, ou ACV).

Dans le monde de demain, on devra s’habituer à aborder les entreprises dans leur complexité. C’est le prix d’un monde avec davantage de sens.

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