Pourquoi ne pas intégrer une formation financière pour les enfants ?

Près de 50 % de la population belge ne dispose pas des connaissances de base en matière d’éducation financière. Une chronique de Grégory Guilmin, fondateur de “La Bourse : Make it Easy” et cofondateur de GG Smile.

Nombreux sont ceux qui investissent en Bourse sans aucune connaissance financière.
Nombreux sont ceux qui investissent en Bourse sans aucune connaissance financière. ©Shutterstock
Contribution externe

Une étude du courtier Degiro au mois d'août de cette année mentionnait que 42 % de ses clients n'ont pas d'expérience passée avec les investissements en Bourse. Plusieurs études relayées par le célèbre journal économique The Financial Times ont montré que la part des investisseurs privés dans le volume d'échanges journalier sur les Bourses a doublé en Europe et triplé aux États-Unis. Que peut-on déduire de ces statistiques ?

Le nombre de personnes qui investissent en Bourse n’a fait qu’augmenter ces derniers mois. Je vois quatre explications possibles. Premièrement, avec les différents confinements qui se sont déroulés, les étudiants et les employés se sont retrouvés à la maison sans hobby possible. Ils ont dès lors eu beaucoup plus de temps pour s’intéresser aux différentes opportunités d’investissement, dont la Bourse.

Ensuite, durant cette même période, les ménages ont, en moyenne, moins dépensé. Alors que le taux d’épargne des ménages dans la zone euro se situait autour de 12 % entre 2010 et 2019, une nouvelle étude d’Eurostat publiée en juillet 2021 a montré que le taux d’épargne se situait autour de 21 %, s’agissant du deuxième niveau le plus élevé depuis vingt ans (le plus élevé se situant au deuxième trimestre 2020). La troisième explication peut être illustrée grâce à la finance comportementale et un biais en particulier : celui du comportement moutonnier. Ce biais est la tendance à imiter le comportement de son entourage afin d’être intégré socialement.

Une analyse comparative

Prenons quelques exemples, en dehors des marchés financiers. Combien d’entre nous achètent un iPhone après avoir fait une analyse comparative du marché des smartphones ? Pour ma part, j’ai l’iPhone 8 car j’ai vu certaines personnes qui l’avaient acheté et qui en étaient contentes. Combien d’entre nous ont acheté des cryptomonnaies après avoir analysé l’univers des cryptomonnaies ? De mon côté, la seule fois où j’ai acheté une cryptomonnaie, c’était en janvier 2018, sur les bons conseils d’un ami spécialiste du sujet. Au niveau des investissements en Bourse, beaucoup d’investisseurs, surtout parmi les jeunes, ont regardé les publications d’autres personnes sur les réseaux sociaux et les forums en ligne comme Redditt, Facebook, Instagram ou encore LinkedIn.

Après avoir vu à plusieurs reprises les hausses spectaculaires de certaines actions, les nouvelles personnes qui hésitaient à investir en Bourse se sont décidées. Enfin, de nombreuses plateformes ont investi des sommes importantes en marketing afin d’attirer de nouveaux investisseurs.

D’ailleurs, certaines d’entre elles mentionnent, entre autres, la gratuité des frais de courtage. Je vous encourage à vous poser les questions suivantes concernant votre plateforme d’investissement. Suis-je le propriétaire effectif des actions dans lesquelles j’investis ? Suis-je protégé en cas de faillite de mon intermédiaire ? Mon intermédiaire prête-t-il mes titres ? Comment mon intermédiaire gagne-t-il de l’argent ? Ces questions sont loin d’être une liste exhaustive et permettent de mieux comprendre comment les plateformes de trading en ligne fonctionnent et leur mode de rémunération.

Prendre soin de son patrimoine

D’un côté, je ne peux que me réjouir de voir de plus en plus de personnes prendre soin de leur patrimoine. Les investissements en Bourse, comme d’autres investissements dans l’immobilier par exemple, permettent aux investisseurs de ne plus perdre deux ou trois pourcents par an à cause de l’inflation. Ils essaient de faire fructifier leurs économies.

D’un autre côté, je suis inquiet. Je discute régulièrement avec de nouvelles personnes qui investissent en Bourse et j’observe souvent le même constat : un manque d’éducation financière. Lors de mes études dans l’enseignement supérieur, je n’ai pas eu de cours de gestion de budget. Mes parents me donnaient de l’argent de poche et, en même temps, ne m’ont jamais appris à gérer un budget. À l’université, j’ai appris de nombreux concepts techniques qui ne me sont d’aucune utilité pour la compréhension de mon patrimoine et des investissements en général.

Selon une étude de Standard&Poor’s Rating Services réalisée en 2015, près de 50 % de la population belge ne dispose pas des connaissances de base en matière d’éducation financière. De plus, 39 % des Belges n’investissent pas car ils ne comprennent pas les investissements.

Relation à l'argent

Alors, quelles pistes concrètes pouvons-nous mettre en place pour améliorer l’éducation financière dans son ensemble ? J’en vois trois. Tout d’abord, dans nos cultures judéo-chrétiennes, parler d’argent est mal vu et met mal à l’aise. Comment voulons-nous améliorer l’éducation financière de chacune et chacun si nous n’en parlons pas et si nous ne sommes pas dans une économie de partage ? Notre relation à l’argent en dit beaucoup sur nous et nous permet de mieux nous connaître. Cette première piste est cruciale.

Ensuite, dans le cursus inférieur, un cours d’une heure par semaine pourrait être donné. Quels pourraient être les sujets parcourus ? Les charges de la vie de tous les jours (courses, transports, téléphonie), les dépenses plus exceptionnelles comme l’achat d’une voiture ou encore d’un bien immobilier, les différents types de comptes ou encore les différents types d’assurances. Les différentes sources de revenus pourraient être également évoquées, comme les salaires, les allocations familiales ou celles du chômage. Un tel cours permettrait à nos adolescents d’être autonomes dans la gestion d’un budget. Enfin, l’enseignement supérieur et les entreprises ont également leur rôle à jouer. Imaginons, dans chaque cursus universitaire et dans chaque entreprise (privée ou publique), une séance par semaine. Cette séance permettrait de discuter des différentes pistes d’investissement. La Bourse, l’immobilier, l’art, le vin, les cryptomonnaies ou encore l’or sont des sujets qui pourraient être abordés.

Ces trois idées ont un unique objectif : améliorer les connaissances financières de base des étudiants, des travailleurs et des personnes à la retraite. En y arrivant, ils et elles seront capables de prendre des décisions financières en fonction de leurs propres croyances, deviendront de plus en plus autonomes avec leur argent et pourront décider du sens qu’ils souhaitent y donner. Il s’agit d’un enjeu sociétal majeur.