La chimie durable au cœur de notre futur

Il faut investir dans la recherche pour déclencher une "réaction" durable face aux défis environnementaux. Une chronique signée Carmela Aprile et Alvise Vivian, professeure et docteur au département de Chimie de l’UNamur

La chimie durable au cœur de notre futur
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Contribution externe

La chimie est partout. En effet, sans chimie nous ne pourrions pas nous habiller (chimie des polymères naturels ou synthétiques), nous nourrir (chimie alimentaire), nous chauffer (pétrochimie ou chimie des matériaux liée aux énergies renouvelables), utiliser des dispositifs électroniques (chimie des matériaux)… Nous n’existerions même pas car nous ne pourrions pas respirer, métaboliser (chimie du vivant) ou être soignés (chimie pharmaceutique). Finalement, la chimie est belle !

Les 12 principes de la chimie verte

Au cœur de la belle chimie (et de notre futur), nous pouvons sans doute placer aux premières loges la chimie durable. Bien que nous connaissions son importance et ses principes depuis longtemps, ce n’est que récemment que ces principes ont été classés en différentes catégories.

En 1998, Anastas et Warner (deux chimistes américains de l'United States Environmental Protection Agency) ont établi les 12 principes de la chimie verte (1) qui définissent l'essence des procédés durables pour la recherche universitaire mais aussi pour les entreprises. Ces principes sont basés (entre autres) sur la prévention des déchets, l'utilisation de matières premières renouvelables, la catalyse et, au niveau moléculaire, l'économie d'atomes.

De plus, ces dernières années, des paramètres durables capables de quantifier l'empreinte environnementale des procédés chimiques ont été définis. Il s'agit d'environmental metrics ou indices durables. L'E-factor (Environnemental factor) en est un exemple. Il est calculé selon un rapport entre la quantité totale de déchets produits (dans un procédé chimique) et celle du produit que l'on désire obtenir.

Aujourd’hui, prendre en considération ces principes et indices durables n’est plus un des choix possibles, mais une nécessité pour tous les scientifiques, y compris pour ceux travaillant dans l’industrie chimique.

Pour faire face aux changements climatiques, l'utilisation de ressources renouvelables ou la diminution des émissions de gaz à effet serre sont des critères dont on ne peut plus faire abstraction. Ces principes sont d'ailleurs déjà inscrits dans un plan environnemental européen beaucoup plus vaste qui a été présenté par la Commission européenne le 11 décembre 2019 et qui porte le célèbre nom de Green Deal. Ce plan prévoit d'atteindre la neutralité climatique à l'horizon 2050. Il mise donc sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, la promotion des énergies vertes, la protection de l'environnement et l'innovation pour des produits chimiques sûrs et durables.

L’Europe nous sensibilise aux défis environnementaux et impose (heureusement) au monde de la recherche et des entreprises des objectifs durables.

D'un point de vue économique, le poids de l'industrie chimique n'est pas insignifiant. Cette dernière emploie directement quelque 1,1 million de personnes en Europe. Environ 60 % des produits chimiques fabriqués sont directement utilisés par d'autres secteurs comme celui de la santé, la construction, l'électronique, les textiles, etc. Les retombées en matière d'emploi sont donc encore plus importantes. Le Conseil européen de l'industrie chimique (Cefic) estime que l'industrie chimique, des polymères et des sciences de la vie est l'une des plus importantes de Belgique. Avec un chiffre d'affaires de 65 milliards d'euros et plus de 94 000 d'emplois, la Belgique fait partie des pays les plus actifs dans le secteur de la chimie.

Tremplin vers le futur

Consciente des enjeux, la Belgique a bien préparé son tremplin vers le futur en apportant déjà un grand soutien à la création de plateformes d’innovation et pôles de compétence (Catalisti, GreenWin, BioWin, etc.). Dans le domaine de la recherche académique, les universités belges sont fortement concernées par le développement durable. À l’UNamur, on relève le défi et on soutient la recherche en chimie durable avec plusieurs projets portant, par exemple, sur la conversion du dioxyde de carbone en produits à haute valeur ajoutée, sur les sources d’énergies durables ou sur la valorisation des déchets issus de la biomasse.

Bien que le plan de l’Union européenne soit exigeant et ambitieux, nous devons plus que jamais investir dans la chimie pour assurer une "réaction" durable aux défis environnementaux.

(1) Anastas, Paul T., and John C. Warner. "Principles of green chemistry." Green chemistry : Theory and practice 29 (1998).