Choisissons des produits Fairtrade aujourd’hui pour rendre les labels inutiles demain

Agissons ensemble pour un monde durable qui soit juste pour la planète et pour les producteurs, en commençant par payer ceux-ci correctement. Une chronique signée Koen Van Troos, responsable presse et plaidoyer chez Fairtrade Belgium.

Le 7 octobre, la Reine a reçu Nyagoy Nyong’o, directrice internationale de Fairtrade, et Nicolas Lambert, directeur de Fairtrade Belgium, qui lui ont remis une Fair Card pour son investissement en faveur de la justice sociale.
Le 7 octobre, la Reine a reçu Nyagoy Nyong’o, directrice internationale de Fairtrade, et Nicolas Lambert, directeur de Fairtrade Belgium, qui lui ont remis une Fair Card pour son investissement en faveur de la justice sociale. ©Palais Royal, Belgique
Contribution externe

Du 6 au 16 octobre, on a fêté la Semaine du commerce équitable. Comme chaque année pendant cette période festive, de nombreux bénévoles, des entreprises et des personnalités connues ont mis en avant leur engagement en faveur du commerce équitable. Les communes du commerce équitable étaient également très impliquées. Et la Reine nous a fait l'honneur d'y participer à son tour en accueillant Nyagoy Nyong'o, la directrice internationale de Fairtrade, au Palais Royal. Une grande mobilisation donc, qui témoigne d'une volonté d'agir en faveur d'un autre système économique. Un système qui est fair (juste), tant pour les humains que pour la planète.

Parce que la justice qu'on veut obtenir à travers la transformation du commerce et de l'économie a deux visages : elle est à la fois sociale et environnementale. Justice sociale et justice environnementale sont deux faces d'une même pièce. On le voit chez nous, où les inondations de cet été ont causé beaucoup plus de dommages aux personnes défavorisées. Mais on le voit aussi et surtout en Afrique, en Amérique latine et en Asie où ce sont avant tout les personnes vivant dans la pauvreté qui paient le prix le plus fort du changement climatique. Et notamment les millions de producteurs et productrices qui dépendent du climat pour assurer une bonne récolte. De plus, ce sont encore ces mêmes personnes qui subissent de plein fouet les conséquences de la pandémie. Il est donc urgent d'agir en faveur d'un système beaucoup plus fair pour la planète ET pour les producteurs, en tout premier lieu.

Le calcul, complexe, du revenu vital

Mais comment assurer plus de fairness ou de justice pour les producteurs ? La réponse est simple : si le producteur ou la productrice a un bon revenu, il ou elle respectera mieux à son tour les droits humains et limitera les dégâts à l'environnement. On appelle ce "bon" revenu un revenu vital, qui permet aux producteurs de se loger, se nourrir, de payer les frais de santé, la scolarité de leurs enfants, qui permet de financer les investissements dans la ferme et d'avoir un petit fonds de sécurité qui peut être utilisé en cas d'imprévu. Mais comment calculer ce revenu vital ? La vie en Belgique est quand même nettement plus chère par rapport au Pérou ou au Ghana ? Et quelle est la place de la productivité dans tout ça ? Le rendement joue quand même un rôle important ?

Le calcul d’un revenu vital est donc complexe. Trop souvent, l’accent est mis uniquement sur l’augmentation de la productivité et pas sur le prix payé aux producteurs. Pourtant un prix équitable est un élément clé pour assurer un revenu vital aux producteurs.

Le prix équitable, au cœur du système Fairtrade

Et c’est précisément ce prix équitable qui est au cœur du système Fairtrade. Un prix qui est activé lorsque les cours mondiaux des prix du café ou du cacao tombent en dessous d’un certain seuil. À cela s’ajoute la prime Fairtrade, une somme fixe qui est versée à la coopérative par volume acheté qui va l’investir, par exemple, dans l’augmentation de la production ou la construction de routes. En cas de crise, la prime est aussi utilisée pour fournir un revenu supplémentaire aux producteurs. Cela fait partie de l’approche de Fairtrade pour assurer une plus grande justice, notamment pour les producteurs.

Cependant, l’impact du système Fairtrade dépend principalement de la vente des produits. Et c’est surtout là où le bât blesse. Même si de façon globale la vente des produits Fairtrade s’est améliorée, il y a encore du travail à faire. En effet, 1 banane vendue en Belgique sur 5 est aujourd’hui certifiée Fairtrade et pour le cacao, le chocolat Fairtrade est également en progression, mais il y a encore beaucoup de marge pour augmenter la part du marché des produits Fairtrade.

Cela devrait être la règle

C’est pour cela que la Semaine du commerce équitable reste importante. Pour continuer à rappeler aux entreprises, aux citoyens et aux gouvernements l’importance de la justice sociale et la manière dont ils peuvent y contribuer grâce au système Fairtrade. Car le commerce équitable est aussi une histoire des gouvernements qui doivent faire des pas en avant pour que toutes les formes de commerce deviennent équitables.

Dans un monde idéal, nous n’aurions pas besoin d’un label pour dire que notre chocolat ne contient pas de travail des enfants, ou que notre banane a été produite dans des conditions qui respectent l’environnement. Ça devrait être la règle. Mais en attendant, achetons donc des produits Fairtrade là où c’est possible. Grâce à nos choix de consommation, nous enverrons un signal important à nos entreprises et à nos gouvernements, et qui sait, peut-être le label Fairtrade deviendra-t-il inutile dans un avenir proche, car alors tout commerce sera équitable.

Fairtrade Belgium est l’ONG derrière le label et le système de certification du même nom. Mais les activités de l’organisation ne se limitent pas au système Fairtrade et l’ONG œuvre beaucoup dans les coulisses au niveau du plaidoyer et de la sensibilisation pour que les enjeux auxquels elle s’adresse soient compris par les pouvoirs publics, les citoyens, les entreprises et donnent lieu à de nouvelles pratiques et des choix durables.