La sortie du nucléaire est inévitable

Plus rien ne s’oppose à la sortie du nucléaire. L’accord de gouvernement doit être respecté. Une chronique de Sylvie Meekers, directrice Inter Environnement Wallonie pour la fédération des ONGs environnementales wallonnes, Benjamin Clarisse, coordinateur politique Bond Beter leefmilieu pour la fédération des ONGs environnementales flamandes, et Jan Van De Putte, expert énergie chez Greenpeace Belgique.

Tourner la page nucléaire représente l’occasion d’inscrire enfin la Belgique dans une transition énergétique positive.
Tourner la page nucléaire représente l’occasion d’inscrire enfin la Belgique dans une transition énergétique positive. ©Shutterstock
Contribution externe

Dimanche soir, Elia et la Ministre fédérale de l'énergie Tinne Van der Straeten ont annoncé les résultats de la vente aux enchères du mécanisme de rémunération de capacité (CRM) : il y a plus de capacités disponibles qu’il n’en faut pour arrêter nos centrales nucléaires en Belgique d'ici 2025. Et ce, à un coût inférieur aux estimations initiales. Plus rien ne s’oppose à la sortie du nucléaire. L’accord de gouvernement doit être respecté.

A l’issue de l’appel d’offre CRM, quarante projets ont été sélectionnés. Certains sont clairement innovants, dont des projets de batteries et un projet axé sur la gestion de la demande. L’essentiel du soutien ira cependant à de nouvelles centrales gaz à Vilvoorde et aux Awirs, près de Liège. Faire tourner ces capacités fossiles le moins possible sera notre prochain défi. On peut clairement regretter ce subventionnement qui découle d’un manque de préparation de la sortie du nucléaire depuis la décision prise en 2003. Mais la bonne nouvelle est que malgré cette impréparation, nous sommes aujourd’hui prêts à sortir du nucléaire sans risque pour notre approvisionnement et à un coût maîtrisé.

Le nucléaire dans le passé

L'énergie nucléaire appartient au passé. Il y a quelques jours, le Haut Conseil de la santé a rappelé le risque que représentent des réacteurs nucléaires situés dans une région aussi densément peuplée que la Belgique; il a soulevé la question sans réponse des déchets radioactifs à très longue durée de vie, celle de la prolifération d’armes nucléaires directement liées à la production d’électricité, ou encore celle du risque terroriste. Pour toutes ces raisons, ces scientifiques de premier rang dont certains directement issus de la filière nucléaire, concluent que cette énergie ne peut en aucun cas être considérée comme une source d’énergie durable.

En sus de ces questions, il s’avère que la prolongation de certains réacteurs est très difficile dans la pratique. Le PDG d’Engie, Thierry Saegeman a plus d’une fois déclaré qu’il était trop tard pour prolonger la vie des centrales nucléaires. Permis d’environnement, autorisation de la Commission européenne, enquête publique, travaux de mise en conformité en termes de sécurité, approvisionnement en combustible… : une prolongation effective de réacteurs nucléaires s’avérerait un véritable parcours du combattant. Les réacteurs ne seraient sans doute pas disponibles en 2025 si le gouvernement décidait de les prolonger.

A cela s’ajoute la question financière. Peut-on imaginer pires conditions pour négocier une prolongation quand Engie annonce depuis des mois qu’il est trop tard ? Quel “deal” sérieux le gouvernement pourrait-il passer dans ces conditions ? Les partisans d’une prolongation sont clairement ceux qui manquent de réalisme aujourd’hui...

Transition vers un système énergétique renouvelable

Tourner la page nucléaire représente l’occasion d’inscrire enfin la Belgique dans une transition énergétique positive. Il s'agit d'unir toutes les forces pour amorcer le passage à 100 % d’énergie renouvelable, seul moyen durable à disposition pour réduire les émissions de CO₂. Il faut accélérer le développement de panneaux solaires sur tous les toits, débloquer un développement harmonieux et respectueux de la nature de l’éolien terrestre, lancer au plus tôt les appels d’offres pour l’éolien offshore afin que les 5,8GW (une capacité égale à celle de notre ancien parc nucléaire !) puissent être disponibles au plus tard en 2028. D’autres infrastructures s'avèrent cruciales, dont le renforcement du réseau de transport d’électricité sur l’axe Ouest-Est (boucle du Hainaut et Ventilus)...

Mais surtout, nous devons travailler sur la demande d’électricité notamment pour la faire coïncider au moment de production électrique importante. Il y a mille moyens d’améliorer cette gestion flexible de nos demandes tant au niveau résidentiel qu’industriel. D’après la dernière étude d’Elia, dès 2025, 500 MW d’électricité seront "déplaçables" juste en comptant les véhicules électriques et les pompes à chaleur - ce qui correspond à la capacité d’un petit réacteur nucléaire.

On le voit clairement, la balle est maintenant dans les mains des Régions qui disposent de bien des leviers relatifs à la transition énergétique. La sécurité d'approvisionnement étant maintenant assurée à un coût maîtrisé, il nous reste à accélérer la transition vers une énergie 100 % durable et renouvelable.

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