Comment nos biais cognitifs influencent nos actions face au réchauffement climatique

La façon dont nous nous impliquons dans la réalisation d’actions en faveur du climat peut être influencée par nos biais cognitifs. Une chronique signée, Anaïs Angelucci et Sélénia Anastasia, doctorantes en entrepreneuriat à l’UCLouvain

Lutter contre le réchauffement climatique nécessite des efforts de chaque acteur de la société.
Lutter contre le réchauffement climatique nécessite des efforts de chaque acteur de la société. ©JEAN LUC FLEMAL
Contribution externe

Au XXIe siècle, les défis sociétaux sont synonymes de changements importants pour mener vers une société inclusive et prospère tenant compte des limites de la planète. Face à ces défis, l’assemblée générale des Nations Unies a développé 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) dans le cadre du programme de développement durable à l’horizon 2030. Parmi ces objectifs, on retrouve notamment : la lutte contre la pauvreté (ODD 1), l’égalité des genres (ODD 5), un enseignement de meilleure qualité (ODD 4), ainsi que la mise en œuvre d’actions pour le climat (ODD 13).

Selon le SDG Barometer 2020, la Belgique contribue à l'amélioration de la majorité des 17 ODD. Cependant, de façon surprenante, le seul ODD sur lequel le baromètre enregistre une dégradation, concerne l'action contre le réchauffement climatique. De ce fait, des efforts sont nécessaires de la part de chaque acteur de la société, autant au niveau gouvernemental, organisationnel qu'individuel. Or, la façon dont nous nous impliquons dans la réalisation d'actions en faveur du climat peut être influencée par nos biais cognitifs.

Les biais cognitifs, c’est quoi ?

Les biais cognitifs correspondent à une distorsion de notre pensée rationnelle qui mène à une prise de décision inconsciente et non-optimale en raison de nos capacités limitées (manque de temps ou incapacité à analyser toute l’information disponible). Ainsi, les individus utilisent des raccourcis mentaux, appelés "heuristiques", permettant de porter un jugement rapide mais parfois erroné.

Un des premiers biais auquel nous sommes soumis et pouvant restreindre notre capacité à entreprendre des actions en faveur du climat est le biais de "pseudo-inefficacité". Ce biais fait référence à l’impression que notre action individuelle ne permettrait pas d’exercer une influence notable sur la résolution d’un problème global. Dès lors, les personnes vont perdre espoir en leur contribution individuelle et ne rien entreprendre. Ce biais est notamment encouragé par les discours qui nous entourent : les enjeux climatiques sont synonymes d’investissements à grande échelle, menés par les industries et gouvernements. Ainsi, l’importance des actions individuelles est négligée. Par exemple, ne vous êtes-vous jamais dit : "Pourquoi réduirais-je mes parcours en voiture si les autres ne le font pas ?"

Par ailleurs, nous pouvons également être confrontés au biais "d’optimisme". Par ce biais, les individus ont tendance à être trop optimismes quant à certains résultats et à sous-évaluer la probabilité d’événements négatifs. Autrement dit, les effets du réchauffement climatique sont sous-estimés et notre capacité à réagir à ces problèmes est surestimée. Ainsi, l’homme croit notamment en la capacité de la technologie et de la science pour faire face aux défis futurs plutôt que de modifier concrètement ses actions non-durables. N’avez-vous jamais pensé que : de toute façon, quelqu’un trouvera bien une solution !

Compensation morale

Finalement, nous pouvons également être exposés à l’effet "de compensation morale" faisant référence au fait de valoriser nos bonnes actions et d’occulter nos actions non-responsables. Ce biais peut entraîner des effets néfastes en raison que l’adoption d’une action en faveur du climat tend à améliorer l’image morale que les individus ont d’eux-mêmes. Dès lors, lorsqu’une bonne action est entreprise, ceux-ci sont moins susceptibles d’effectuer d’autres actions pro environnementales. Qui n’a jamais été fier de présenter sa nouvelle gourde permettant de lutter contre l’utilisation de plastique ?

Maintenant que vous en êtes conscients, vous pouvez lutter contre ces biais. N’oubliez pas une chose : ce sont nos petites actions d’aujourd’hui qui refléteront aussi notre monde de demain.