Assurer le bien-être en télétravail en tenant compte de ses dangers et limites

Formez vos employés et surtout… ramenez-les au moins partiellement au bureau. Une chronique signée Philippe Urbain, vice-président GTM Infrastructure and Collaboration en Europe pour NTT.

Assurer le bien-être en télétravail en tenant compte de ses dangers et limites
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Contribution externe

Si nous espérions que cette nouvelle année nous épargnerait périodes de confinement et télétravail forcé, le Codeco de mercredi dernier nous a rappelé que nous vivions toujours en pleine pandémie. Finalement, ce qui est certain… c’est que rien ne l’est. Comment poser les bases du futur du travail dans ces conditions ? Première étape indispensable : salariés et employeurs doivent s’entendre. Notre dernière enquête sur le futur du travail nous apprend que, en Europe, plus de huit employeurs sur dix affirment que l’expérience employé est très importante au sein de leur entreprise. Une bonne nouvelle, mais ça coince du côté employé : seuls trois sur dix se disent satisfaits.

D’où vient ce grand écart ? Un premier élément de réponse réside dans ce phénomène qui touche de nombreuses grandes entreprises : ce n’est pas parce que le management a une certaine vision que tous les départements y adhèrent. Il faut du temps pour mettre de nouvelles politiques en place.

Le travail à la maison tient également une énorme part de responsabilité dans la situation, tant sur l’aspect technologique qu’humain. Si, dans un premier temps, les entreprises s’en sont plus ou moins bien sorties pour faire fonctionner leur entreprise à distance, les mois ont passé et elles sont très (trop) peu à proposer des solutions technologiques durables et efficaces à leurs employés. Qui n’a pas déjà passé des heures à chercher l’emplacement de fichiers ou à tenter de comprendre le fonctionnement d’un programme… Les applications et clouds se multiplient, sans qu’une politique commune soit clairement définie. C’est une perte d’énergie considérable.

Conditions de travail

Humainement aussi, cela pèse lourd. Personne n’est fait pour rester seul toute la journée et beaucoup de gens doivent se contenter d’un coin de table dans leur salle à manger. Les conditions de travail sont parfois affolantes, et les entreprises n’ont pas appris à gérer ce genre de situation. La frontière entre vie privée et vie professionnelle s’estompe et de nouvelles sources de stress apparaissent : efficacité de la connexion, possibilité d’être au calme pour les appels importants… Alors, certes, le télétravail a de nombreux côtés positifs, mais il a surtout ses limites.

Ne sous-estimons pas non plus l’isolement engendré par ce manque de contacts sociaux. Les contacts légers et informels du bureau rendent le lieu de travail vivant et aident à relativiser. Un simple "Tout va bien, tu n’as pas l’air en forme" peut faire des miracles. En ligne, c’est plus compliqué : personne n’aime raconter ses problèmes via Teams. On fait comme si tout allait bien, mais on ne sait pas comment les autres se sentent réellement. Si la situation reste trop longtemps inchangée, cela finira par avoir des conséquences désastreuses sur la santé mentale de tous. Et les premiers effets se font déjà ressentir.

N’oublions pas, et cela sera mon dernier point, que la charge de travail s’est également alourdie. On passe d’un meeting virtuel à un autre, chaque minute est rentabilisée et on finit par travailler le temps économisé en déplacements. Isolation, charge de travail, perte des contacts informels et rassurants… cela fait beaucoup à porter.

Alors, par où commencer pour y remédier ? Je vois deux actions concrètes. Premièrement : proposer des coachings et des formations sur les outils technologiques, en assurant un alignement de toute l’entreprise. Il est urgent d’enfin donner aux employés les moyens de travailler efficacement (et sereinement).

Enfin, et dès que la situation le permettra : ramener les employés au bureau. Le plus possible. Qu’ils reviennent un, deux ou trois jours, qu’ils travaillent avec des collègues, réintègrent des projets, suivent des workshops… bref, qu’ils recréent du lien. Le travail fait partie de notre expérience humaine et les expériences professionnelles devraient être conçues en fonction de ce qui nous motive et nous valorise. Et cela commence par oublier les réunions par écrans interposés en revenant au face-à-face. Pour ressentir les émotions, pour parler des choses importantes et moins importantes. Et remettre de l’humain dans notre travail.