Réchauffement climatique : il faut mettre un terme à l’État-providence des énergies fossiles

Le message de la science, tant pour les gouvernements que les financiers privés, est clair : il faut effectuer une transition économique rapide. Une chronique signée Kees Vendrik, économiste en chef de la Banque Triodos.

Réchauffement climatique : il faut mettre un terme à l’État-providence des énergies fossiles
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Le sommet sur le climat de Glasgow s’est clôturé sur une profonde déception. L’année prochaine, en Égypte, une énorme avancée sera nécessaire pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C. Mais ce prochain sommet ne pourra être couronné de succès que si les institutions financières cessent dès maintenant de financer de nouvelles mines de charbon ou de nouveaux sites d’exploitation pétrolière et gazière, si les entreprises verdissent leurs activités et si les gouvernements mettent progressivement un terme à la subsidiation des énergies fossiles. Il est grand temps de démanteler l’État-providence basé sur les énergies fossiles !

Glasgow a échoué dans ce domaine. Les entreprises du secteur énergétique, les compagnies aériennes et les industries fossiles se sont empressées de présenter des plans climatiques dans lesquels nous restons largement dépendants des sources d’énergies brunes. Les promesses d’émissions négatives, telles que l’enfouissement du CO₂ et la plantation d’arbres dans le futur, ne sont que des mesures cosmétiques. Dans le même temps, des institutions financières de premier plan, qui dépendent fortement des actifs fossiles, publient des déclarations "zéro émission nette" d’une nature similaire. Ce faisant, la nécessaire et profonde restructuration de l’économie fossile est habilement écartée.

La victoire de l’actionnaire ?

Ce qui semble rationnel à court terme pour l’actionnaire s’avère désastreux pour le climat, l’économie, le budget de l’État et la stabilité financière. Tôt ou tard, un grand nombre d’actifs fossiles devront être repris dans les comptes sous la forme d’actifs échoués (comprenez : de rebuts invendables). Qu’en retirera alors l’actionnaire ?

Pour éviter que ces actifs échoués ne provoquent des faillites en cascade et un chômage massif, une politique de transition forte et cohérente est nécessaire. De nombreux gouvernements se montrent encore trop généreux en matière de subventions et d’exonérations (fiscales) en faveur du secteur des énergies fossiles. Une taxe carbone substantielle visant à orienter les marchés dans la bonne direction fait souvent défaut. La politique "douce" n’a pourtant pas encore donné de grands résultats…

Le pouvoir de l’argent

Motiver les citoyens à investir dans les panneaux solaires, les batteries domestiques et les pompes à chaleur est une bonne chose. Mais le véritable changement doit venir de ceux qui détiennent les capitaux. C’est à la fois une bonne et une mauvaise chose. En effet, il est impossible de réaliser la transition durable sans un État entreprenant, disposé à utiliser des fonds publics importants pour encourager les innovations vertes, créer de nouveaux marchés et investir à cette fin dans tous les secteurs de la société. Ce sont ces investissements verts qui fourniront de nouveaux emplois à profusion, de sorte que les citoyens puissent également participer à la transition vers un monde plus durable.

Néanmoins, les gouvernements peuvent également utiliser des volumes importants d’argent public tout en contournant une fois de plus la question de l’élimination progressive de l’économie fossile. Imaginer que l’on puisse construire une économie durable simplement en soutenant les pionniers de l’écologie est une idée fausse. Le schéma de la transition est clair : tarifer, instaurer des normes, puis seulement subsidier les solutions alternatives. Cet ordre est celui dans lequel on obtiendra le gain climatique le plus important pour chaque euro public investi.

Le rôle des banques centrales

Les banques centrales et les régulateurs peuvent également faire beaucoup mieux. Ces dernières années, les banques centrales ont, sans en avoir eu la réelle intention, donné un avantage à la "vieille économie" en achetant des obligations "neutres par rapport au marché". Alors que les responsables monétaires de la Banque centrale européenne (BCE) n’entendent toujours pas mettre fin à ces subventions aux énergies fossiles, les autorités de surveillance de cette même institution ont, fort heureusement, franchi une étape supplémentaire en invitant l’ensemble des banques sous leur supervision à fournir des informations sur les risques climatiques liés à leurs opérations de financement. Cependant, là encore, il faudrait faire preuve d’un peu plus de courage : lorsque les banques financent des activités économiques dont les émissions sont relativement élevées, le régulateur devrait être en mesure d’imposer des limites à ne pas franchir.

Un autre élément de référence est le "prix" de l’exposition aux énergies fossiles. Les règles européennes en matière de fonds propres, qui sont en cours de révision, devraient imposer des fonds propres supplémentaires en cas de financement excessif ou de nouveaux financements de projets liés aux énergies fossiles car de tels projets sont devenus plus risqués.

Quelle que soit l’évolution des règles en matière de financement durable, les institutions financières doivent impérativement accélérer la décarbonisation de leurs propres portefeuilles. Le message de la science, tant à l’attention des gouvernements que des financiers privés, est clair : il faut effectuer une transition économique rapide et, pour cela, démanteler l’État-providence basé sur les énergies fossiles, cesser de financer de nouveaux projets liés aux énergies fossiles et éliminer progressivement les actifs à forte intensité carbone. C’est un basculement phénoménal qui ne réussira que si nous l’initions dès maintenant, si les gouvernements font preuve d’une extrême cohérence dans leurs politiques de transition et si les financiers admettent que les actifs échoués ne disparaîtront pas en plantant des arbres.

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