Trois raisons pour lesquelles 2022 sera l'année de la transition sur les marchés financiers

Une chronique signée Marc Danneels, chief investment officer chez Beobank.

Trois raisons pour lesquelles 2022 sera l'année de la transition sur les marchés financiers
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Contribution externe

Après les terribles répercussions à la fois sociales et économiques des confinements et autres mesures depuis l'éclatement de la pandémie de coronavirus, l'année 2021 a été placée sous le signe de la reprise économique. Très vite, il est aussi apparu que les marchés financiers allaient devoir vivre avec une autre réalité économique que celle antérieure à mars 2020. Dans ces conditions, 2022 devrait indubitablement être l'année de la transition, avec un changement de tendance clair à trois niveaux par rapport aux décennies précédentes.

Diminution des incitants monétaires

Alors que l'inflation semblait avoir disparu de la scène depuis des décennies, les banques centrales ont maintenu toute l'année dernière le credo selon lequel la hausse de l'inflation "post-pandémie" ne serait qu'un phénomène passager. Une combinaison d'effets coronavirus – en particulier la sous-utilisation des capacités de production pendant les confinements et la pénurie de composants (comme les semi-conducteurs) – et de facteurs plus larges – comme la hausse sensible des prix du gaz naturel et du pétrole – a toutefois donné un caractère de plus en plus structurel à l'inflation.

Et cela n'a pas non plus échappé aux banques nationales. Tant la Federal Reserve américaine (Fed) que la Banque centrale européenne (BCE) ont donc quelque peu reformulé leur mandat en 2021 et autorisent désormais un dépassement temporaire de l'objectif d'inflation "historique" de 2 %, en se concentrant sur une "inflation moyenne sur un laps de temps non spécifié". L'un et l'autre ne peuvent être dissociés vu l'augmentation spectaculaire de la dette tant privée que publique, passée entre-temps à 350 % du PIB mondial. De quoi contraindre les banques centrales à maintenir des conditions financières souples pour éviter que la dette des États et des entreprises ne devienne incontrôlable.

Avec cet écartèlement entre lutte contre l'inflation d'une part et besoin de contrôler l'endettement et de soutenir la croissance d'autre part, il faut s'attendre à une réduction lente mais progressive des incitants monétaires. La Fed a ainsi déjà annoncé vouloir procéder à des hausses de taux (Federal Reserve – Federal Open Market Committee Press Conference, 15 décembre 2021) en 2022 et la BCE devrait l'imiter à plus long terme. Après des années de politique monétaire ultra-souple, plusieurs banques centrales passeront maintenant à un resserrement monétaire progressif.

L'Europe peut prendre le relais des États-Unis

La position dominante des marchés d'actions américains, qui repose traditionnellement sur la dominance d’un nombre de d’actions de croissance "Big Tech" dans ce marché, a quant à elle encore été renforcée par la pandémie de coronavirus, mais cela a aussi eu pour effet de rendre les actions américaines surévaluées.

Après des dizaines d'années de performances relativement moins bonnes que les marchés d'actions américains, les actions européennes apparaissent donc bien positionnées pour inverser la tendance. D'autant qu'elles sont sensiblement moins chères que les américaines. Les révisions à la hausse des bénéfices des sociétés se propagent aussi résolument aux entreprises européennes, alors que cela concernait encore principalement les entreprises américaines début 2021. Un troisième élément rendant les actions européennes intéressantes par rapport aux valeurs américaines est la présence de sociétés "value" de qualité en Europe et le profil ESG plus prononcé des entreprises européennes.

Percée définitive des facteurs ESG

Cela nous amène à la troisième rupture de tendance structurelle. La crise du Covid a considérablement renforcé l'attention pour l'impérieuse nécessité de la durabilité environnementale et climatique.

Les conséquences du réchauffement climatique sont en effet de plus en plus palpables partout dans le monde et nous en avons nous-mêmes ressenti les effets en 2021 avec notamment de graves inondations dans de nombreuses parties du pays. La recherche de durabilité et d'une économie neutre en CO₂ occupe donc de plus en plus une place centrale dans les programmes de soutien nationaux et supranationaux et les politiques fiscalo-budgétaires.

Le secteur financier y va également de sa contribution. Une coalition de banques, gestionnaires de fonds et assureurs, représentant 130 000 milliards (!) d'actifs sous gestion (Glasgow Financial Alliance for Net Zero – Press Release, 3 novembre 2021), s'est en effet engagée, à l'occasion de la Cop26, la 26e conférence sur le climat des Nations Unies, à mobiliser ces fonds d'ici 2030 au profit d'entreprises et activités soutenant la transformation de l'économie mondiale vers la neutralité en CO₂.

Et les critères "ESG" (Environnement, Société & Gouvernance) ont aussi acquis définitivement leurs galons dans le monde des investissements.

Une tendance irréversible qui se prolongera également en 2022.

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