Comment l'État et les entreprises peuvent collaborer ensemble pour un monde plus durable

Il s’agit d’une relation win-win où chacun aide à l’amélioration des rôles de chacun pour aller de l’avant et contribuer au changement. Une chronique signée Grégory De Boe (doctorant en fiscalité et développement durable UCLouvain), Sélénia Anastasia et Anaïs Angelucci (doctorantes en entrepreneuriat UCLouvain).

Contribution externe
Comment l'État et les entreprises peuvent collaborer ensemble pour un monde plus durable
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Depuis quelques années, il n’est pas rare d’entendre parler de durabilité comme une finalité pour notre société. Mais quels liens entretiennent l’État et les entreprises dans la poursuite du développement durable ?

Le paradigme de Friedman

Pendant la plus grande partie du XXe siècle et notamment après la Seconde Guerre mondiale, l’État (comprenez les gouvernements au niveau national mais aussi supranational comme l’Union européenne) joue un rôle majeur dans la régulation des activités des entreprises. Celui-ci impose des normes afin de réduire les répercussions négatifs mais aussi de favoriser les effets positifs des entreprises.

L’économiste Milton Friedman (1912-2006) considère alors que l’objectif de toute entreprise réside en la maximisation de son profit, tout en respectant les contraintes légales (taxes, obligations légales). Il est à noter que le développement durable et la responsabilité sociétale des entreprises ne sont encore que des concepts inconnus du grand public à cette époque.

Changement de paradigme

Ce paradigme se renverse au milieu des années 1980 notamment en raison de la mondialisation et de la privatisation. En effet, le rôle de l’État dans la gestion spatiale et territoriale s’atténue avec l’émergence de la mondialisation. En réalité, les gouvernements sont contraints de sacrifier certaines de leurs prérogatives pour permettre une marge de manœuvre plus large aux entreprises.

La privatisation, quant à elle, permet le transfert d’organisations ou de capacités qui appartenaient au secteur public vers une gestion privée. Ce transfert se matérialise par la vente d’industries entières telles que l’industrie sidérurgique et l’industrie automobile notamment avec Volkswagen. De plus, la privatisation s’accompagne d’une libéralisation des marchés à travers la déréglementation. À la suite de ces changements économiques majeurs, des entreprises prennent le pas sur l’État qui joue ainsi un rôle de facilitateur. Dès lors, certaines entreprises deviennent proactives face à leurs externalités et deviennent, dans une certaine mesure, plus soucieuses du développement durable.

Et maintenant ?

Récemment, le rapport d'étude des CEO vis-à-vis de la durabilité d'Accenture et des Nations Unies (2019) souligne que l'absence de normes mondiales crée de l'instabilité quant à la durabilité, freinant ainsi l'économie du changement. Ce rapport fait principalement écho aux entreprises qui sont adeptes du greenwashing ou qui raisonnent encore "à la Friedman".

Ce rapport indique également que les PDG classent les gouvernements (44 %) et les organismes de réglementation (30 %) comme étant des intervenants clés dans l’intégration du développement durable dans les entreprises. De même, 83 % des PDG pensent qu’un plus grand effort de la part des gouvernements et des décideurs est nécessaire pour fournir un environnement adapté au secteur privé afin de promouvoir la durabilité.

Ainsi, il existe un réel désir des entreprises d'aligner la politique publique sur la durabilité. Nous assistons donc à une nouvelle dynamique : l'État reprend un rôle de régulateur tout en laissant de l'espace au secteur privé qui reste proactif en matière de développement durable. Les entreprises et l'État s'aident mutuellement et deviennent, ensemble, des partenaires du changement. On parle d'ailleurs d'une relation win-win où chacun aide à l'amélioration des rôles de chacun pour aller de l'avant et contribuer au changement.

À titre d’exemple, en 2015, les entreprises ont demandé à l’État une tarification plus robuste du carbone afin d’accélérer l’action sur le changement climatique et, à l’inverse, le gouvernement belge permet une déduction fiscale en cas d’investissements permettant l’économie d’énergie dans les activités commerciales.

Finalement, ce changement de paradigme s’inscrit dans la logique des 17 Objectifs de Développement Durable qui ont pour objectif de créer une synergie entre plusieurs acteurs de la société pour contribuer de manière concertée au changement.