La méthode du "Learning by doing", c'est quoi exactement ?

Rendre les étudiants acteurs de leur formation pour mieux répondre aux défis professionnels et sociétaux. Une chronique signée Sophie Pondeville (Coordinatrice pédagogique et Chargée de cours à la Faculté des Sciences économiques, sociales et de gestion, IRDENa, Université de Namur), Hélène Laurent (Coordinatrice pédagogique et Chargée de cours à la Faculté des Sciences économiques, sociales et de gestion, IRDENa et DeFIPP, Université de Namur) et Julie Masset (Chargée d’enseignement à la Faculté des Sciences économiques, sociales et de gestion, NaDI – CeRCLe, Université de Namur).

Contribution externe
L’étudiant est alors au centre de son apprentissage : il réalise un projet concret ou résout une situation-problème complexe souvent en petit groupe.
L’étudiant est alors au centre de son apprentissage : il réalise un projet concret ou résout une situation-problème complexe souvent en petit groupe. ©Shutterstock

L'université a la réputation de former des étudiants avec des têtes bien pleines et bien faites mais on lui reproche parfois de ne pas répondre suffisamment aux besoins du monde professionnel et de la société. Au-delà des apprentissages disciplinaires théoriques qui restent un des piliers de la formation universitaire, l'approche Learning by doing peut être une réponse à ce constat mais également à la recherche de sens des jeunes dans leurs études.

Learning by doing, "apprendre en faisant", le terme et la méthode ne sont pas nouveaux. En théorie de l'éducation, le fondateur de la pédagogie progressive, John Dewey, est l'initiateur du Learning by doing dès la fin du XIXe siècle. Son objectif était de bousculer les approches traditionnelles de l'enseignement en insistant sur le rôle actif, et non pas passif, de l'apprenant en permettant à celui-ci de développer ses compétences dans des situations réelles ou proches de la réalité.

Mais comment apprendre par la pratique et l’expérience dans le monde universitaire ? Est-ce que les travaux pratiques ou les stages ne le permettent pas déjà ? Quelles sont les autres alternatives ?

Différentes formes

Le Learning by doing peut revêtir différentes formes : approche par projet, par problème, service-learning, etc. L'étudiant est alors au centre de son apprentissage : il réalise un projet concret, résout une situation-problème complexe souvent en petit groupe ou s'engage dans une activité de service en adoptant une posture réflexive. Le rôle de l'enseignant est de l'accompagner et de le guider. Ce type de pédagogie a été mis en place dans plusieurs programmes d'études universitaires en Fédération Wallonie-Bruxelles comme, par exemple, en ingénieur civil ou en médecine et plus largement dans des cours de deuxième cycle (master).

Au sein d’une formation, ces méthodes doivent être coordonnées via une approche-programme qui met les disciplines et les enseignants en dialogue. Il s’agit d’ouvrir la réflexion sur la formation disciplinaire mais aussi interdisciplinaire, sur l’apprentissage de compétences (ce n’est pas parce qu’on fait travailler des étudiants en groupe, qu’ils apprennent à collaborer efficacement) et sur l’ouverture à un certain nombre de "valeurs".

C’est le défi que la Faculté des Sciences économiques, sociales et de gestion de l’Université de Namur a également décidé de relever, et ce dès le 1er bac. Concrètement, cette réforme s’est matérialisée sous la forme de projets qui se veulent collaboratifs et transversaux et qui prennent de plus en plus d’importance au fur et à mesure des années de bachelier. L’objectif est de mener les étudiants à décloisonner les matières et à mobiliser leurs connaissances et compétences (aussi en matière de communication en langues étrangères) autour de cas concrets avec le suivi et le coaching des enseignants. Les thématiques abordées dans ces projets se veulent sociétales en évoquant, par exemple, des objectifs de développement durable, les enjeux climatiques, la responsabilité sociétale des entreprises, les inégalités ou les défis démocratiques.

Nouvelles compétences

En plus d’acquérir des connaissances disciplinaires et de donner du sens à leur formation, ces projets permettent aux étudiants d’acquérir progressivement des compétences telles que la prise en compte globale d’une problématique, l’ouverture sur le monde, la proactivité, la communication, l’organisation et la collaboration au sein d’une équipe. L’objectif est donc aussi l’employabilité des étudiants en leur permettant de développer des compétences recherchées par le monde professionnel.

Au final, les premiers retours du monde professionnel et des enseignants sont positifs ; et les étudiants, mieux formés, sont également plus motivés. Et cela se reflète dans les taux de réussite, nettement supérieurs à la moyenne, pour ces projets. Encourager la réussite, l’un des enjeux majeurs de l’enseignement supérieur est donc atteint.