Pourquoi 2021 n'a pas été un fleuve si tranquille alors que la plupart des indices atteignaient de nouveaux sommets historiques

Une chronique signée Cédric de Caritat et Rodolphe de Limburg Stirum, Groupe Fisconsult-Sinews.

Contribution externe
Pourquoi 2021 n'a pas été un fleuve si tranquille alors que la plupart des indices atteignaient de nouveaux sommets historiques
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Voilà encore une année passée à la vitesse de l’éclair. 2021 aura été fructueuse pour les investisseurs, puisque la plupart des indices boursiers affichent d’excellents rendements, avec le S&P 500 en hausse de 29,13 %, l’Euro Stoxx 50 en hausse de 20,81% et le SMI en hausse de 19,90 %, dans leurs monnaies respectives. Cerise sur le gâteau, la volatilité, contrairement à 2020, est restée relativement modérée au cours des douze derniers mois.

Revenons toutefois sur un phénomène intéressant qui nous mène à dire que 2021 n’a pas été un fleuve si tranquille. Alors que la plupart des indices atteignaient de nouveaux sommets historiques, sous la surface, de nombreuses entreprises ont vu le cours de leurs actions s’effondrer. Pendant un certain temps, et en particulier depuis le début de la pandémie, les investisseurs ont été prêts à acheter, à n’importe quel prix, des sociétés dites perturbatrices. Prenons pour simples exemples Zoom Communications, la plateforme de vidéoconférences, ou encore Peloton Interactive, fabriquant de vélos d’appartement connectés, permettant de suivre des entraînements en ligne. Toutes deux ont grandement bénéficié, à un moment donné, des effets du confinement, mais ont fini par dévisser en fin d’année.

Si l’on regarde l’indice NASDAQ à la fin de 2021, près de 70 % des actions sont dans un marché baissier (c’est-à-dire qu’elles ont perdu plus de 20 % depuis les plus hauts) et 35 % ont perdu plus de 50 % par rapport à leur sommet. Les dégâts sont réels et importants, mais sont quelque peu cachés par l’excellente performance des sociétés ayant de grosses capitalisations boursières et qui ont très bien résisté. On pourrait presque parler d’un marché baissier furtif. Tout le monde peut finalement trouver dans ces statistiques une base pour adopter soit une vision baissière (les plus grandes sociétés tombent toujours les dernières, c’est le début d’un marché baissier) soit une vue haussière (tant de choses ont déjà corrigé, le temps est venu d’avoir un rebond).

Alors qu’en est-il vraiment de la suite pour 2022 ?

Nous ne serions pas du tout surpris de connaître un autre épisode de sous-performance au début de cette nouvelle année. De nombreux fonds spéculatifs, après avoir connu une année 2021 assez médiocre, se tournent maintenant vers les secteurs de l’énergie, des banques et d’autres bénéficiaires supposés de taux plus élevés et d’une inflation plus élevée, ce qui est, aujourd’hui, une opinion consensuelle que nous ne partageons pas. Nous verrons combien de temps cela durera mais, avec la décélération de la Chine due à la crise immobilière locale, nous serions extrêmement surpris de voir une augmentation encore plus importante des taux et ou de l’inflation. Une décélération rapide de la croissance chinoise aura un impact important sur un grand nombre de matières premières, réduisant ainsi encore un peu plus la pression inflationniste actuelle. Par ailleurs, le Japon nous donne un exemple intéressant où ni l’inflation, ni les taux d’intérêt, ne sont repartis à la hausse. Alors certes, des erreurs ont été commises par les administrations successives, mais au final, le Japon, c’est nous : une population vieillissante, une natalité en berne, un refus de l’immigration, en d’autres mots un cocktail déflationniste explosif.

Dans ce contexte, le bon choix des entreprises dans lesquelles investir, confirme, une fois de plus son importance. Pour citer William H. Janeway (Warburg Pincus), "le capital n'est pas une stratégie". A un moment donné, il faut gagner de l'argent. En d'autres termes, tout investissement doit générer des flux de trésorerie positifs. Certains ont oublié cet élément crucial, ces dernières années, et cette leçon doit être rappelée de temps en temps. Non, le capital n'est pas une stratégie. Certains investisseurs à la recherche de la bonne occasion, comme les investisseurs dans Zoom Communications et Peloton Interactive, ont dû le réapprendre de manière violente courant 2021. Et, pour finir, inflation ou déflation, l'avenir nous le dira, mais les entreprises bien armées devraient pouvoir continuer à rapporter.