Entrepreneurs en transition #19 : "In-convenant"

Une chronique de Roald Sieberath, multi-entrepreneur, coach de start-up et responsable de l’Accélérateur Transition pour LeanSquare, professeur invité à l’UCLouvain et à l’UNamur.

Roald Sieberath
Entrepreneurs en transition #19 : "In-convenant"
©D.R.

La Libre Eco week-end |

Une tendance de fond du monde des start-up classiques, c'est ce que l'on appelle, en anglo-américain, convenience, c'est-à-dire : les apps ou services qui vous apportent la facilité, le fait de ne pas devoir vous déranger, d'amener le produit ou service au plus près de vous.

L’e-commerce via le web et Amazon étaient sans doute les ancêtres de cette tendance, en amenant l’expérience de shopping jusqu’à chez vous.

Dans une deuxième vague à partir de 2010, et la généralisation de smartphones, on a vu les apps de services, avec Uber qui était sans doute un pionnier et annonciateur de la catégorie. Ce type d’app a été encore un cran plus loin : je ne dois plus appeler un taxi, ou me déplacer, c’est un véhicule qui arrive jusqu’à moi, géolocalisé par mon smartphone.

Depuis, ça a été une déferlante d’apps et de services, pour nous rendre la vie de plus en plus "simple", "convenante" (comme certains commencent à dire, en néologisme mal francisé), de Netflix à nos apps de transport en commun.

On peut quasi voir une 3e vague de la même tendance dans l'arrivée de services tels que Deliveroo, Uber Eats… Le repas chaud préparé vous arrive à la maison en 15 ou 30 minutes, sans devoir aller au resto. Cela a sans doute arrangé certains, en temps de pandémie ou de lockdown. Cela a même donné lieu à des dérivés, comme les dark kitchens, ces restos sans salle, limités à la cuisine, qui n'existent que par la vitrine que leur donnent ces apps de livraison.

On commence à voir craquer les coutures de ce modèle : les coursiers sont sous-payés, sont sous un statut d’indépendant… tout relatif pour ceux qui aspireraient à en faire leur métier principal. Diverses contestations légales de leur statut sont en cours dans divers pays.

Dans le même temps, le mouvement continue à s'accélérer avec les services de livraison ultra-rapide de courses (surnommés le "business de la flemme" par Le Figaro), en 15 voire 10 minutes : Gorillas (qui a levé 260 millions), DingDong, Frichti débarquent à Bruxelles et ailleurs.

L’entrepreneur en transition va se demander : n’arrive-t-on pas dans l’"in-convenant" ? Quel est le coût vérité, quel est l’impact environnemental et humain de cette "flemme" ? Est-ce que cette apparence de facilité ne nous rend pas encore davantage oisif, paresseux, et capricieux ?

Et certains vont en prendre le contre-pied, et reprendre plaisir aux choses lentes, ou moins pratiques, et vont préférer le plaisir du vinyl à la facilité du streaming. Une tendance minoritaire, mais appelée à se développer.