Guide de survie face à la fébrilité des marchés boursiers en ce début d’année 2022

Une chronique signée Ken Fisher, Président et directeur de Fisher Investments.

Contribution externe
Guide de survie face à la fébrilité des marchés boursiers en ce début d’année 2022
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Et maintenant ? Après la chute du marché en janvier, beaucoup ont remis en doute la viabilité de la phase haussière. Par la suite, la dégringolade de l'action Meta, dont les bénéfices ont déçu, et le ton ferme adopté par la présidente de la BCE Christine Lagarde, n'ont fait qu'ajouter aux craintes existantes. Pas d'inquiétude cela dit ! Le marché haussier se poursuit. Même s'il est empreint de volatilité.

Pourquoi se montrer optimiste ? Trois moteurs dictent les marchés : l'économie, la politique et le sentiment. Tous trois pointent vers une hausse des actions en 2022. Au niveau économique, la normalisation va bon train. Garante de l'équilibre international, la politique américaine est favorable elle aussi. Les élections qui se tiendront au Congrès à l'automne prochain risquent bien de paralyser le gouvernement et donc d'empêcher le vote de nouvelles lois qui pénalisent les actions. Quant au sentiment, il est plutôt amer, ce qui est une bonne chose. Les marchés haussiers gravissent toujours un « mur des inquiétudes » à mesure que la réalité s'impose et dissipe les craintes.

Les marchés baissiers commencent généralement en douceur, « dans un soupir, sans faire de bruit » (si l'on exclut bien entendu le cas de 2020, et la brutalité induite par les confinements). Le plongeon de 8,1 % des actions mondiales en 17 jours depuis leur sommet du 4 janvier a fait grand bruit. Les marchés baissiers commencent de deux façons : Lorsque les attentes élevées d'investisseurs euphoriques les mènent à considérer tout revers comme un véritable choc. Ou lorsqu'un choc négatif de plusieurs milliers de milliards d'euros surprend tout le monde. Rien que nous n'observions actuellement.

Les corrections – des replis rapides de l’ordre de 10 à 20 % – ne sont que des soubresauts liés à une perte de confiance des investisseurs. Elles vont et viennent au gré des rumeurs alarmistes. Aujourd'hui, beaucoup pointent du doigt l'inflation, la hausse des taux d'intérêt et les tensions en Ukraine, mais ces craintes de longue date sont déjà largement intégrées par les marchés.

La hausse des taux à long terme n'est même pas mauvaise en soi. La corrélation entre les rendements des OLO à 10 ans et les actions de la zone euro est nulle : 0,00. Sachant qu’une corrélation de 1,00 traduit une évolution identique et une corrélation de -1,00, une évolution opposée, cela démontre qu'il n'existe aucune relation entre les deux. Les rendements allemands et américains sont positivement corrélés aux actions. La hausse des taux n'est tout simplement pas baissière.

La chute de 55 % des prix du gaz par rapport aux sommets de décembre indique que les risques d’une guerre en Ukraine sont bien moins graves que ce qu’il n’y paraît. Et cette baisse signifie également que l'inflation ne durera pas. Dans sa détermination à adopter une politique plus restrictive, Christine Lagarde est manifestement passée à côté du ralentissement à 2,3 % en glissement annuel de l'IPC sous-jacent de la zone euro en janvier. La hausse record de l'IPC est principalement due à la composante énergétique.

La peur pourrait induire d'autres fluctuations, mais celles-ci seront éphémères. Depuis 50 ans que je gère des capitaux, je n'ai jamais vu quelqu’un qui soit capable d’anticiper de tels mouvements. Pourquoi ? Ils sont imprévisibles !

J’en ai pourtant vu beaucoup tenter cette manœuvre en vain, pour finir par vendre après le creux. Mais les actions se sont ensuite envolées. Et ceux qui s'y sont frottés ont manqué le coche. Pire encore, il leur faut ensuite admettre qu'ils se sont trompés, et décider du meilleur moment pour revenir sur le marché.

Pour éviter cela, voici mon guide de survie.

1) Si vous souhaitez réagir à un accès de volatilité, ne gardez pas les yeux rivés sur votre portefeuille.

2) Tentez de replacer les fluctuations à court terme dans leur contexte. Tout investisseur en bonne santé se doit de penser en décennies, et non en jours ou en semaines.

3) Si vous avez besoin des rendements des actions pour atteindre vos objectifs, celles-ci doivent constituer votre investissement par défaut. Ne vous en écartez pas, c'est risqué.

4) Rappelez-vous : la volatilité va dans les deux sens, vers le haut et vers le bas. Lors des marchés haussiers, elle tend davantage vers le haut. Le marché haussier mondial de 2009-2020 a connu 4 corrections et 12 baisses de plus de 5 %. Et pourtant, les actions ont grimpé de 417 %.

Alors quand la volatilité guette, gardez votre sang-froid. La récompense en vaut la peine.