Entrepreneurs en transition #20 : E-commerce ou "we-commerce" ?

Une chronique de Roald Sieberath, multi-entrepreneur, coach de start-up et responsable de l'Accélérateur Transition pour LeanSquare, professeur invité à l'UCLouvain et à l'UNamur.

Roald Sieberath
Entrepreneurs en transition #20 : E-commerce ou "we-commerce" ?
©D.R.

La Libre Eco week-end |

On l’a vu dans l’échange récent au sujet de l’e-commerce : une position très tranchée (trop ?) pour les nécessités d’un discours politique qui vire par moments à la course à l’outrance). En face, on a répondu par l’ironie ou la caricature, et on n’est pas arrivés au débat de fond.

On ne va certainement pas trancher ici, mais tenter d’apporter un peu de nuance, dans ces échanges.

L’e-commerce est un terme coupole, qui englobe une variété de pratiques, depuis Amazon jusqu’à la fleuriste qui vend ses bouquets via Instagram (sans même avoir de site web, cas réel !). Il est dominé, ce n’est pas un secret, par une poignée d’acteurs qui ont réussi à prendre des positions extrêmement dominantes, et avoir un impact démesuré sur une série de ressources : le prix des fournisseurs, les chaînes logistiques, les conditions de travail de la main-d’œuvre, etc.

Mais si on voit l’e-commerce comme un simple élément de la digitalisation du commerce, on voit mal comment résister à cette évolution.

Ce qu’il faut encourager je pense, c’est une forme de commerce électronique moins prédateur, davantage local, mieux inséré dans le tissu économique des villes, quelque chose que j’appellerais le "we-commerce". Une forme moins transactionnelle et davantage relationnelle du commerce électronique.

Nous en avons vu le besoin lors du confinement : quand le commerce physique était à l’arrêt, l’e-commerce (souvent international) était florissant.

Diverses initiatives ont montré qu’il était possible (et pas si compliqué) de donner une présence en ligne à ces commerces locaux : site web, présence sur les réseaux sociaux, commandes par messagerie… Et surtout, le commerçant peut apporter sa touche, sa personnalisation (ce qui peut nécessiter une remise en question pour certains).

C'est également l'occasion de réfléchir aux chaînes logistiques : comment ces marchandises sont-elles acheminées, en particulier sur le fameux last mile, le dernier kilomètre ? Si le transport à vélo peut sembler vertueux (en CO₂), souhaite-t-on vraiment qu'il se fasse sur le dos de la précarité du job de coursier ?

L’entrepreneur en transition est conscient que le développement harmonieux de l’économie doit se faire sur plusieurs dimensions, et que l’on ne peut pas tout sacrifier au seul profit. Un équilibre délicat, mais nécessaire.