Vais-je entamer un doctorat ? Cinq bonnes raisons pour poursuivre ou non son parcours universitaire par de la recherche

Une chronique de Philip Verwimp, Professeur en économie de développement à Solvay Brussels School of Economics and Management (ULB).

"C’est dommage, selon moi, un plus grand nombre de diplômés devrait considérer la possibilité d’entamer de la recherche sans s’inquiéter trop du marché de l’emploi."
"C’est dommage, selon moi, un plus grand nombre de diplômés devrait considérer la possibilité d’entamer de la recherche sans s’inquiéter trop du marché de l’emploi." ©D.R.
Contribution externe

Si votre personnalité, vos capacités et votre motivation s’accordent et s’alignent pour faire de la recherche, le doctorat se dessinera comme une étape clé de votre future carrière, vous y trouverez probablement le bonheur et le sens de votre recherche.

Les diplômés universitaires trouvent généralement un emploi immédiatement après leurs études. C'est le cas dans ma faculté, la Solvay Brussels School of Economics and Management de l'ULB, mais aussi pour les autres facultés. En effet, le war for talent fait que les diplômés avec une maîtrise dans leur poche ont l'embarras du choix. Par conséquent, les universités ont du mal à attirer des talents eux-mêmes. C'est dommage, selon moi, un plus grand nombre de diplômés devrait considérer la possibilité d'entamer de la recherche sans s'inquiéter trop du marché de l'emploi.

Que faut-il pour faire un doctorat ? Et est-ce pour vous ? J’ai cinq éléments à partager avec les candidats potentiels.

1. La connaissance, le savoir vous intéresse profondément

Rester à l'université parce que "vous ne vous sentez pas prêt pour le travail" est une des pires raisons pour faire un doctorat. N'oubliez pas que faire un doctorat c'est aussi le monde du travail ! Trop de candidats considèrent le doctorat comme une prolongation de leurs études et manquent de sérieux. En conséquence, deux ans après, ils réalisent que "ce n'était pas pour eux".

Si vous aimez lire la non-fiction, si vous êtes passionnés par les découvertes scientifiques, pas seulement dans votre discipline, mais aussi en général, par l’histoire, l’archéologie, l’espace, les molécules… si vous aimez à comprendre pourquoi le monde, la société et l’humanité sont ce qu’ils sont, vous êtes taillé dans le bois scientifique. Votre curiosité sera l’essence de votre parcours.

2. Une volonté d’investir dans le savoir

Le doctorat n’est pas un job de 9 à 17 heures, malgré toutes les consignes sur le burn-out. Un indicateur pour vous tester peut être celui-là : pendant vos études, avez-vous fait des exercices/taches/projets sans que cela vous soit demandé, en plus de votre cursus ?

Trop d’étudiants font, malheureusement, seulement le minimum pour réussir leurs études. Si, au contraire, vous visez le maximum, les professeurs vous accueilleront avec plaisir dans leurs équipes. Attention, un bon scientifique garde un bon équilibre dans sa vie, pour son propre bien-être et pour son entourage.

3. La discipline, sans compensation à court terme

Tous vos efforts restent, au moins à court terme, sans compensation. Vous avez un salaire qui, au début de votre carrière, est comparable au secteur privé, mais ce n’est pas l’argent qui vous fait sauter de votre lit le matin. Le ou les résultats de vos recherches, fruit de vos efforts, seront visibles seulement après quelques années.

Si vous aimez voir le résultat de vos efforts immédiatement, il vaut mieux envisager une carrière de project manager, de réalisateur, de journaliste, d'entrepreneur… Il est important que votre personnalité soit en adéquation avec les caractéristiques du job. Si, par contre, vous pouvez vous fixer un objectif à long terme, si vous n'avez pas besoin des incitations externes pour vous motiver, le doctorat est fait pour vous.

4. Faire preuve de créativité

Lire des travaux scientifiques est une chose, mais ce n’est pas suffisant. Tôt ou tard, l’université aura besoin de votre créativité. Elle se voit dans les choix des thèmes de recherche et la façon de les attaquer. Si un professeur vous a dit que votre mémoire était créatif ou innovant, c’est un indicateur, il vous regarde comme un doctorant potentiel.

5. L’attitude de coopération

La science se pratique en groupe. Soyons clairs, vous faites des contributions individuelles, mais ils font partie d’un ensemble, d’une réalisation collective. Vos collègues vont commenter, critiquer, et aider votre recherche. Un esprit ouvert, studieux et coopératif est alors nécessaire. On vous demandera aussi de commenter les travaux des autres. Une attitude diplomate, constructive, mais en même temps engageante et pertinente vous aidera à fonctionner dans une équipe.

Revenons sur la question du marché de travail. Si vous êtes plutôt un généraliste qui souhaite mener des projets, qui aime aider les gens, ou qui veut gagner beaucoup d’argent, le doctorat n’est pas fait pour vous. Par contre, si vous aimez vous spécialiser et approfondir une matière qui vous passionne, posez-vous la question du doctorat. Il est probable que vous trouviez le bonheur dans la recherche, en particulier quand votre personnalité s’accorde avec les caractéristiques de celle-ci.

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