Mais d’où vient donc cette inflation qui ronge nos revenus ?

L'inflation a atteint ce vendredi son niveau le plus élevé depuis mars 1983, à 8,04 %. Il n’y a pas une définition, mais de multiples définitions de l’inflation. Ce qui nous occupe aujourd’hui, c’est donc de mieux comprendre ce que nous subissons, nous les travailleurs, les investisseurs ou les consommateurs. Tentative de décodage. Une chronique d'Emmanuel Degrève, conseil Fiscal, Partner chez Deg & Partners, professeur à l’EPHEC et présidente du Forum For the Future.

Contribution externe
Pour le consommateur et le concitoyen, définir l’inflation en fonction du pouvoir d’achat semble plus accessible.
Pour le consommateur et le concitoyen, définir l’inflation en fonction du pouvoir d’achat semble plus accessible. ©Shutterstock

Pour les économistes, mais aussi pour le dictionnaire Petit Robert, l'inflation est un "accroissement excessif des instruments de paiement (billets de banque, capitaux) entraînant une hausse des prix et une dépréciation de la monnaie" (et s'oppose à son contraire, la déflation). Pour le consommateur et le concitoyen, définir l'inflation en fonction du pouvoir d'achat semble plus accessible : "L'inflation est la perte du pouvoir d'achat de la monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix."

Qu’en retenir ? C’est que notre pouvoir d’achat repose sur l’expression d’une monnaie, qui elle-même est notre outil d’intermédiation entre deux biens. Je vends mon heure, ma prestation ou mon service dans une monnaie tandis qu’avec cette même monnaie, j’achète une capacité à consommer, à investir ou à économiser. Lorsque mon pouvoir d’achat faiblit : l’inflation s’affirme.

Mais d’où vient l’inflation ?

Dès 1912, le lien causal entre la circulation de la monnaie et le prix est démontré par Irving Fisher au travers d’une première équation exprimant "la théorie quantitative de la monnaie". Plus tard, Milton Friedman, prix Nobel d’économie, fait de la théorie quantitative le pilier du monétarisme. Objectif, combattre l’inflation, "cet accroissement anormalement rapide de la quantité de monnaie par rapport au volume de production". Son influence sur les banques centrales est notable.

Comme vous le savez, les banques et les organismes de crédit créent de la monnaie. La monnaie est produite lors d’une transaction, mais cette monnaie poursuit son chemin. Elle peut être déposée auprès d’une banque, prêtée ensuite et engendrer une nouvelle transaction. Chaque euro se démultiplie. Mais dans les faits, il existe un maître de cérémonie : la banque centrale. C’est elle qui donne le tempo en utilisant des outils qui fixent des contraintes dans la distribution desdits crédits.

Deux outils les plus utiles sont les réserves obligataires, réserves que les banques doivent constituer auprès de la banque centrale proportionnellement aux dépôts qu’elles engrangent. La banque centralepeut également augmenter les taux auxquels elle intervient sur le marché monétaire, c’est-à-dire le taux auquel elle prête de l’argent aux banques ou qu’elle rémunère, lorsqu’ils sont déposants.

Approvisionnement déficient ou quantité monétaire excessive ?

Face aux définitions de l’inflation, il devient assez simple d’esquiver sa responsabilité. Plus précisément, les banques centrales peuvent justifier leur politique expansionniste en tentant de se cacher derrière des pénuries physiques, logistiques ou énergétiques. Mais en matière financière, les prix ne peuvent monter que si la demande existe. Autrement exprimé : lorsque le circuit de l’offre ne suit pas le circuit de la demande, c’est aussi parce que ce premier circuit est "boosté".

Ces deux dernières années, les pouvoirs publics ont injecté des sommes considérables dans l’économie en la subsidiant comme le monde ne l’avait jamais fait jusque-là. L’idée est louable, mais elle a un prix. Conséquence : dès l’affaiblissement du Covid, la reprise de 2021 fut tonique, ce tonus n’était pas supporté naturellement. Il est en effet bien plus simple de produire de la monnaie que de la matière. L’inflation se réveille et la compréhension des deux définitions devient appréhendable.

L’économie restera toujours une équation à la recherche d’un point d’équilibre

Face à l'inflation, le pouvoir d'achat décroche. C'est juste naturel. Le travailleur, le consommateur ou l'investisseur paiein fine le prix de la politique menée par ses élus. L'assistance délivrée n'est donc pas entièrement gratuite : elle a un prix monétaire.

Il est assez étonnant que le monde s’en inquiète ou s’en émeuve, car le phénomène est connu, décrit depuis longtemps. En agissant de la sorte, la BCE tente de réconcilier deux contradictions, celle de libérer des moyens infinis pour les états tout en préservant la valeur d’une monnaie. La conséquence est inévitable : si l’inflation s’emballe et que les taux d’intérêts restent gelés, chaque contribuable paie virtuellement un impôt caché, matérialisé par une dévalorisation de son pouvoir d’achat (lorsqu’il consomme ses revenus) et une érosion de ses économies (lorsqu’il ne consomme pas tout ou qu’il épargne). Telle est l’équation et le prix de l’État providence.