Entrepreneurs en transition #21 : Économie et paix

Une chronique de Roald Sieberath, multi-entrepreneur, coach de start-up et responsable de l'Accélérateur Transition pour LeanSquare, professeur invité à l'UCLouvain et à l'UNamur.

Roald Sieberath
Entrepreneurs en transition #21 : Économie et paix
©D.R.

La Libre Eco week-end |

Alors que s’ouvre à l’est de l’Europe un type de conflit que l’on pensait relégué aux oubliettes de l’histoire, on ne peut que se désoler d’une nouvelle tension, qui vient se superposer aux crises existantes (sanitaire, économique, environnementale, énergétique,… ).

Si l’Europe a depuis 75 ans autant tourné le dos à la guerre, c’est aussi parce qu’elle a réalisé que la prospérité de ses états s’acquiert davantage par le développement économique que par l’invasion de territoires.

Bien sûr cette course en avant de l’économie a de nombreuses limites et défauts, mais au moins elle a eu le mérite de soutenir la paix dans nos contrées.

Paix et prospérité ont été de tout temps deux concepts assez intiment liés. Rien ne prospère en situation de guerre (… à part la cynique industrie de l’armement).

Dans des situations tendues comme celles-ci, on aurait tendance à penser que les grandes structures économiques sont plus résistantes : le salut passerait par les grands groupes de distribution, grandes banques, etc. Et les projets pour un monde nouveau ont tendance à être rangés au rayon des utopies pour plus tard, ou qualifiés de "bisounours".

Pourtant les projets alternatifs et locaux, s’ils sont déjà souhaitables en temps normaux, le sont encore davantage en contexte de tensions et de guerre. En effet, ce sont souvent les liens humains qui sont au centre de ces modèles économiques, et non les rouages logistiques. Mais quand les rouages s’arrêtent, les lierres peuvent continuer à prospérer : organiques, ils trouvent un autre chemin.

Dans la panoplie des outils utiles en temps de crises, on peut aussi songer aux monnaies alternatives, qui permettent des échanges dans des économies de première nécessité, et en proximité, alors que le marché des hard currencies, hautement financiarisé, se grippe.

On peut rappeler d’ailleurs l’exemple suisse du "wir", cette monnaie alternative et système de compensation, née de la crise de 1930… et qui a perduré jusqu’à aujourd’hui, où une entreprise suisse sur 6 accepte le wir comme moyen de paiement.

Toute cette actualité nous rappelle ceci : ces modèles économiques alternatifs, outre leurs vertus propres pour l’avenir de la planète, ont également une force de résilience hors du commun dans les contextes difficiles.