Pas d'inquiétude : nous sommes face à une correction d'un marché haussier, et non au début d'un marché baissier

Une chronique signée par l'Américain Ken Fisher, président et directeur de Fisher Investments Europe.

Contribution externe
"Les corrections sont toujours dues à une actualité particulièrement effrayante, qui ne s'avère finalement pas aussi dévastatrice qu'initialement escomptée."
"Les corrections sont toujours dues à une actualité particulièrement effrayante, qui ne s'avère finalement pas aussi dévastatrice qu'initialement escomptée." ©Ennio Cameriere

Et maintenant ? La baisse observée en janvier s'est poursuivie avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie, faisant naître des craintes quant à la fin éventuelle du marché haussier consécutif à la levée des mesures de confinement. Les investisseurs ont en effet de quoi être déstabilisés face à la persistance des difficultés d'approvisionnement, à la flambée du pétrole au-delà de 100 USD le baril, au conflit entre la Russie et l'Ukraine et au relèvement imminent des taux d'intérêt. Pas d'inquiétude cela dit ! Tout porte à croire que nous nous trouvons dans une phase de correction dans le cadre d'un marché haussier, et non au début d'un marché baissier.

Les corrections, à savoir des baisses rapides du marché mondial d'actions de l'ordre de 10 à 20 %, comme dans le cas présent, n'ont rien de nouveau. Elles disparaissent aussi rapidement qu'elles sont apparues, voire plus vite encore. Dans leur sillage, les actions atteignent de nouveaux sommets et redonnent un coup de fouet au marché haussier. Les corrections sont toujours dues à une actualité particulièrement effrayante, qui ne s'avère finalement pas aussi dévastatrice qu'initialement escomptée. C'est précisément ce qui se passe aujourd'hui.

L'invasion de l'Ukraine par la Russie est absolument tragique et se traduira par un lourd bilan humain, comme toutes les guerres. Cela dit, les surprises constituent le véritable moteur des marchés, et dans un contexte marqué par l'inquiétude, les bonnes surprises sont d'autant plus probables.

Une situation qui n'a rien d'inédit

L'invasion russe a rapidement fait craindre d'autres événements tragiques, comme une invasion de Taïwan par la Chine ou une attaque iranienne contre Israël. Il s'agit là d'une façon de penser typique des périodes de correction. Nous sommes certes confrontés à l'un despremiers conflits armés en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, mais chaque correction apporte son lot de "cette fois, c'est différent", "c’est pire", "c’est du jamais vu", "c’est sans précédent", "la situation est plus explosive", etc.

La situation n'a toutefois rien d'inédit pour les marchés. Les guerres régionales ne provoquent pas de cycles baissiers. Nous avons connu de nombreux conflits armés dans différents pays et le constat est sans appel : seules les guerres mondiales provoquent des marchés baissiers. Dès lors que l'Ukraine ne fait pas partie de l’OTAN, le conflit ne dépassera pas le niveau régional, contrairement à ce que craignent la plupart des observateurs. Pour qu'un cycle baissier se déclenche, il faudrait que les répercussions dépassent de très loin les craintes actuelles, déjà intégrées dans les cours du marché. L'invasion d'un pays membre de l'OTAN par la Russie ou l'invasion de Taïwan par la Chine causerait bien plus de tort que de bien aux deux envahisseurs.

Vladimir Poutine fait preuve de stupidité au travers de ses récentes actions, mais il n’est pas assez stupide pour attaquer un pays membre de l’OTAN. Il a clairement indiqué aux pays occidentaux, de manière irréversible, qu'on ne pouvait pas lui accorder la moindre confiance. Avec une économie plus petite que celle de la Corée du Sud, caractérisée par un important retard technologique, une absence de croissance et une forte dépendance vis-à-vis des exportations de matières premières, ce qu'il vient de faire ne peut tout simplement jouer qu'en défaveur de la Russie.

Vers un report du relèvement des taux d'intérêt des banques centrales

Quid des banques centrales et des taux d’intérêt ? Nous pensons que l'invasion russe incitera les banques centrales à reporter le relèvement de leurs taux d'intérêt, qui devrait en outre intervenir dans de moindres proportions. Parallèlement, le PIB mondial continue de croître à un taux de plus de 4 % cette année.

Qu'il s'agisse de l'inflation, des taux d'intérêt, de la guerre ou des risques liés au PIB, une grande inquiétude règne parmi les investisseurs du monde entier, qui se perdent en conjectures sur la base de tendances récentes qui ne dureront pas. L'investissement est une discipline qui exige une certaine sagesse.

Comme l'a dit Warren Buffett, "le marché actions est un mécanisme de transfert d'argent des investisseurs les plus impatients vers les plus patients". J'espère que vous vous trouvez du bon côté de l'équation. Nous sommes confrontés à une correction classique, qui implique que les cours des actions seront plus élevés à l'avenir. Difficile de dire dans quelle mesure ou quand précisément, mais les corrections sont toujours payantes pour ceux qui savent se montrer patients.