"Ne vous laissez pas submerger par la peur de la hausse des taux d’intérêt"

Beaucoup craignent une envolée des rendements mettant en péril les actions. Mais il n’en sera rien. Une chronique de Ken Fisher, président et directeur de Fisher Investments Europe.

Contribution externe
Les producteurs de pétrole réagiront à la hausse des prix en augmentant leur production, comme c’est déjà le cas aux États-Unis.
Les producteurs de pétrole réagiront à la hausse des prix en augmentant leur production, comme c’est déjà le cas aux États-Unis. ©D.R.

Les taux d’intérêt vont-ils s’envoler Tandis que l’inflation s’emballe, que les banques centrales "serrent la vis" et que le conflit ukrainien s’ajoute aux problèmes d’approvisionnement, beaucoup craignent une envolée des rendements mettant en péril les actions. Mais il n’en sera rien. Les tensions sur les prix vont se relâcher et les taux longs clôtureront 2022 à des niveaux proches de ceux de fin 2021. Et même si je me trompe, les actions rebondiront.

Prenons l’inflation ; les taux longs toujours faibles montrent bien que ces tensions sont passagères. Sinon, les créanciers exigeraient des taux bien plus élevés pour compenser l’érosion des remboursements. Pourtant, les rendements à 10 ans des Olo belges, des Bunds allemands et des JGB japonais sont tous inférieurs à 1 %. Ceux des bons du Trésor américain et des Gilts britanniques se maintiennent autour de leurs points bas de 2019.

L’énergie, le grand problème

Pourquoi les rendements ne grimpent-ils pas davantage ? Les marchés savent qu’une inflation qui dure est un phénomène monétaire généralisé (trop grande quantité d’argent pour trop peu de biens et services). Or, ce n’est pas le cas actuellement. Le conflit ukrainien, les crises énergétiques et les perturbations de l’offre soutiennent la hausse des prix, mais ne dureront pas éternellement.

Certes, en février, les prix ont grimpé de 5,9 % en glissement annuel dans la zone euro (et jusqu’à 9,5 % pour l’IPC belge). Le grand problème est l’énergie. Ainsi, l’inflation sous-jacente de la zone euro (qui exclut l’énergie et l’alimentaire) n’a gagné que 2,7 % en glissement annuel. Et 3,6 % en Belgique. Beaucoup redoutent que la dépendance de l’Union européenne (UE) envers l’énergie russe accentue la hausse des prix. Mais en réalité, une grosse partie de la flambée des cours pétroliers en 2021 reflétait déjà ces craintes. Il n’a fallu que 6 séances pour effacer l’envolée des prix dictée par le sentiment qui avait fait passer le baril de 99 dollars le jour de l’invasion à 133 dollars le 8 mars. Se peut-il que les prix grimpent en flèche à nouveau ? Oui ! Si l’UE cesse d’être approvisionnée en pétrole. Ce qui paraît peu probable pour l’instant. Le pétrole et le gaz russes affluent vers l’Europe.

Et les producteurs réagiront à la hausse des prix en augmentant leur production, comme c’est déjà le cas aux États-Unis. D’autres pays les imiteront bientôt. Les futures sur Brent reflètent un repli progressif des prix à l’avenir, ce qui porte à croire que les traders prévoient une hausse de l’offre.

Le tapering (resserrement quantitatif) en Europe ne dopera pas non plus les taux longs, malgré l'accélération signalée le 10 mars par la présidente de la Banque centrale européenne (BCE). Il y a bien longtemps que les marchés ont anticipé le démantèlement du QE (Quantitative Easing ou assouplissement quantitatif). C'est pourquoi les rendements à 10 ans des Olo et des Bunds ont à peine réagi (et qu'ils ont même baissé après la réduction du QE annoncée en septembre). Ils ont effectivement rebondi juste après l'annonce de l'accélération du tapering, mais cela ne durera pas. Les actualités déjà bien intégrées ont peu de chances de surprendre.

Relèvements ?

Et les relèvements de taux ? Même si la BCE emboîte le pas à la Fed et la Banque d’Angleterre (BoE), cela n’entraînera pas d’envolée des taux longs. Prenons l’exemple des États-Unis qui affichent le plus long historique de statistiques précises : souvent, les taux à long terme se sont accrus en amont des premiers relèvements de la Fed. Toutefois, comme je le répète depuis longtemps, la Fed réagit à l’évolution des taux plus qu’elle ne la provoque. Depuis 1933, les rendements médians à 10 ans américains se sont accrus d’environ 0,25 point de pourcentage sur les 6, 12 et 24 mois suivant les premiers relèvements de taux. Une hausse ridicule. Dans environ 25 % des cas, les rendements à long terme ont diminué. Les marchés dictent toujours les taux longs.

L’histoire montre bien que des taux longs en hausse n’anéantissent pas la progression des actions, même si beaucoup leur attribuent la chute de janvier. Les relèvements de taux ne nuisent pas non plus aux actions. Les actions américaines ont ainsi progressé de 80 % du temps sur les 12 mois suivant les premiers relèvements de taux d’un cycle, pour une hausse moyenne de 7,7 %. Depuis la mi-décembre, la BoE a relevé ses taux d’intérêt à trois reprises, et pourtant les actions britanniques dominent les marchés internationaux.

L’histoire et les marchés peuvent en témoigner. Ne vous laissez pas submerger par la peur de la hausse des taux d’intérêt !

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