Alimentation durable : l'union fera la force

Un effort collectif est nécessaire pour accompagner les consommateurs dans cette voie. Une chronique d'Axelle Dorisse (doctorante en marketing durable à l’UCLouvain Fucam Mons), Karine Charry (professeure de marketing à l’UCLouvain Fucam Mons) et Béatrice Parguel (titulaire de la chaire Entreprendre, wapi en comportement alimentaire du consommateur, chercheure CNRS).

Contribution externe
La mise en place de scorings alimentaires, emblématique des défis auxquels nous sommes confrontés, est une nécessité tout autant qu’une opportunité économique, écologique et sociale.
La mise en place de scorings alimentaires, emblématique des défis auxquels nous sommes confrontés, est une nécessité tout autant qu’une opportunité économique, écologique et sociale. ©Shutterstock

De la production agricole à nos assiettes, en passant par la transformation industrielle, le système alimentaire impacte durablement l'environnement (un quart des émissions de gaz à effet de serre), comme notre santé (en 2017, près d'un million d'Européens sont décédés de maladies liées à une alimentation de piètre qualité). Le concept d'alimentation durable a donc émergé dans la politique des États pour qualifier "l'ensemble des pratiques alimentaires qui visent à nourrir les êtres humains en qualité et en quantité suffisante, aujourd'hui et demain, dans le respect de l'environnement, en étant accessible économiquement et rémunératrice sur l'ensemble de la chaîne alimentaire" (Ademe, Agence de la transition écologique). Au niveau des citoyens, la prise de conscience de l'impact des choix individuels est également réelle et se traduit par un changement progressif des habitudes alimentaires.

Un coût économique

Les produits durables ont toutefois un coût économique que tous les consommateurs ne peuvent pas - ou ne souhaitent pas - assumer. Dans le contexte inflationniste actuel, les consommateurs peuvent parfois manifester une certaine lassitude face aux efforts à consentir pour régler des défis gigantesques. Pour un certain nombre d’entre eux, c’est aux pouvoirs publics et aux entreprises qu’incombe la responsabilité d’agir en faveur d’une alimentation plus durable.

Qui plus est, au-delà de l’effort économique à consentir, consommer durablement nécessite la capacité à faire de "bons" choix. Or, de nombreux critères entrent en ligne de compte dans l’évaluation de la qualité environnementale du produit alimentaire (tels que par exemple le lieu de production ou encore le degré de transformation). Il en va de même pour la qualité nutritionnelle, où les implications sur la santé d’une teneur en fibres, en protéines, ou en graisses saturées restent complexes à comprendre. Tous les consommateurs n’ont pas toujours les moyens de prendre en considération ces informations et certains peuvent se sentir frustrés et renoncer. D’autres appellent les acteurs institutionnels à participer davantage à l’effort collectif en les accompagnant plus efficacement vers une alimentation plus durable.

Heureusement, certaines initiatives des pouvoirs publics, entreprises, voire des organisations indépendantes, répondent à cet appel. L’application Yuka, par exemple, permet aux consommateurs de scanner les codes-barres des produits alimentaires afin d’obtenir instantanément des indications synthétiques sur leur qualité, en termes de nutrition, d’additifs ou de production biologique. Les "scorings alimentaires" - étiquettes qui associent une note (de A à E) à une couleur (de vert à rouge) - aident également les consommateurs à faire de meilleurs choix : le Nutri-score dans le domaine nutritionnel, l’Éco-score pour l’écologie. Ces dispositifs augmentent les "capacités" des consommateurs et autorisent ainsi des choix plus éclairés, répartissant de fait plus équitablement l’effort entre les différents acteurs pour atteindre une alimentation plus durable.

Informations nutritionnelles

L’objectif vertueux de ces dispositifs ne va néanmoins pas sans poser quelques problèmes. L’impact potentiellement négatif d’une information nutritionnelle fort simplifiée sur les ventes inquiète par exemple des producteurs de fromages AOP, produits traditionnels, peu transformés et contenant peu d’additifs, le plus souvent notés "E" alors qu’ils bénéficiaient jusque-là d’une aura positive. Les politiques, eux, sont parfois pressés par des lobbys soucieux d’empêcher que ces dispositifs ne deviennent obligatoires. Enfin, les consommateurs peuvent s’étonner d’une huile d’olive "E" quand des frites (à frire) bénéficient d’un "A", sans parler de la confusion face à des éco-score et nutri-score contradictoires, tel souvent l’avocat au Nutri-Score A et Eco-Score E.

Autant de difficultés qu’il conviendra de dépasser grâce à l’engagement de tous les acteurs. En effet, la mise en place de tels scorings alimentaires, emblématique des défis auxquels nous sommes confrontés, est une nécessité tout autant qu’une opportunité économique, écologique et sociale. Performatifs, ils impactent les choix des consommateurs et incitent en retour les entreprises à concevoir de meilleurs produits, mettant ainsi tous les acteurs en mouvement dans l’objectif d’une alimentation plus durable. C’est sans nul doute cette combinaison des forces qui permettra d’atteindre ce dernier. C’est ainsi que nous développerons, ensemble, une économie alimentaire plus durable.

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