Quelles politiques économiques peut-on attendre de ce nouveau mandat présidentiel ?

La réélection d’Emmanuel Macron aura d’importantes conséquences sur l’économie française et européenne. Simone Moriconi, Professeur d’Économie à l’IESEG School of Management, explore les enjeux économiques du nouveau mandat présidentiel.

Contribution externe
La transition écologique sera une des priorités du deuxième mandat d’Emmanuel Macron.
La transition écologique sera une des priorités du deuxième mandat d’Emmanuel Macron. ©BELGA

Les décisions politiques mises en œuvre par le Président Macron, tant au niveau des réformes internes que de la politique étrangère, auront d’énormes implications économiques dans les années à venir. Cela concerne également la mise en œuvre du « Plan France Relance » de 100 milliards d'euros, dont 40 milliards d’euros proviennent du Plan National de Relance et de Résilience (PNRR), financé par un endettement commun de la part des États membres de l'Union Européenne (UE). Ce dernier constitue un énorme stimulant pour l'économie, visant une transformation structurelle de la France et de l’Europe des points de vue environnemental, industriel et social.

Quelles politiques peut-on donc attendre de ce nouveau mandat présidentiel ?

Réduire les inégalités

Pour M. Macron, la dimension politique la plus compliquée concerne les politiques fiscales et sociales, car ses choix au cours du mandat précédent ont été plutôt impopulaires.

De grandes discontinuités dans la politique budgétaire sont peu probables. Le Président Macron vise toujours à réduire les inégalités grâce à des mesures visant à diminuer le taux de chômage. Il propose un système fiscal progressif et financièrement viable, comme l'augmentation progressive de l'âge de départ à la retraite.

Une nouvelle importante est l’annonce d’investissements massifs dans l'éducation et la santé, qui, à long terme, pourront contribuer à l’augmentation du bien-être et de la mobilité de la société française. Dans l’immédiat, la prolongation du bouclier tarifaire sur l’énergie, bien que coûteuse pour l’Etat, est efficace pour préserver le pouvoir d'achat des Français. Cette politique mise en œuvre dans d'autres pays (comme l’Italie) mériterait d'être envisagée au niveau européen afin d’atténuer les pressions inflationnistes déclenchées par la crise russo-ukrainienne.

M. Macron est susceptible de reconnaître certaines des propositions politiques qui ont contribué aux bons résultats du « Rassemblement National » et de « La France Insoumise » lors des élections, notamment les politiques d'assistance sociale et de transferts fiscaux aux travailleurs défavorisés, vulnérables ou inactifs. Cela permettra à M. Macron d'obtenir un certain soutien politique lors des élections législatives de juin. M. Macron a déjà fait quelques propositions dans cette direction, comme l'augmentation des pensions de retraite les plus basses et des salaires des fonctionnaires. Les politiques du logement semblent aussi importantes. A noter que 10 milliards d'euros sont disponibles sur le plan PNRR pour les politiques de cohésion sociale.

L'engagement à favoriser les transitions écologiques semble crédible pour deux raisons. D’abord, la Commission Européenne et la Banque Centrale Européenne attendent de la France qu'elle travaille efficacement à la transition écologique au cours des prochaines années. Environ 50 % des fonds du PNRR sont destinés à la protection de l'environnement. La plupart des fonds ont été débloqués dès 2021 et 2022, et le délai pour la mise en œuvre du plan est très serré. Ensuite, les engagements sur les questions environnementales se sont multipliés entre les deux tours de l’élection présidentielle afin d'attirer le soutien des électeurs de La France Insoumise. M. Macron pourrait suivre cette stratégie jusqu'aux prochaines élections législatives, et même après, si la France Insoumise obtient une part non négligeable des sièges du nouveau Parlement.

Le renforcement de l’UE sous un leadership français fort

Avec le départ d'Angela Merkel, M. Macron a l’opportunité de prendre le leadership de l’UE. Cela lui permettra d'influencer de manière significative la politique européenne, et même de relancer le processus d'intégration européenne dans le nouveau contexte géopolitique du conflit russo-ukrainien. M. Macron semble le seul leader européen habilité à jouer le rôle de médiateur crédible dans ce conflit. Contrairement aux autres, il tente de maintenir une voie subtile de dialogue avec la Russie, en évitant de systématiquement « diaboliser » M. Poutine. Quant à l’énergie, la France est relativement moins dépendante de la Russie que les autres pays européens (notamment l'Allemagne). M. Macron pourrait donc essayer de jouer un rôle constructif dans le conflit, ce qui sera également crucial pour les équilibres géopolitiques futurs.

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