Investissez malgré de nombreuses incertitudes car la certitude coûte cher !

Les actions se plaisent particulièrement lors de périodes d’incertitude élevée… mais "en baisse". Ce qui s’annonce. Une chronique de Ken Fisher, président et directeur de Fisher Investments Europe.

Contribution externe
Un embargo de l'UE sur le pétrole et le gaz russes ferait à nouveau flamber les cours.
Un embargo de l'UE sur le pétrole et le gaz russes ferait à nouveau flamber les cours. ©AFP

Quelle sera l'issue de l'invasion de l'Ukraine ordonnée par Vladimir Poutine ? L'Europe interdira-t-elle les hydrocarbures russes, faisant à nouveau s'envoler les cours ? Devons-nous nous attendre à des pénuries alimentaires ? Quid des confinements en Chine ? Ou du "durcissement" des politiques des banques centrales ? Ce début d'année 2022 a connu son lot d'incertitudes, une situation que les actions abhorrent par-dessus tout. Mais il n'y a pas lieu de s'alarmer. Tout cela est déjà en grande partie intégré dans les cours. Tâchons plutôt d'en tirer parti. Achetons avant que la brume se dissipe et fasse grimper le cours des actions.

Il est vrai que, selon l’adage, les actions détestent l’incertitude mais seulement en partie. Les actions n’aiment pas quand l’incertitude est forte et "en hausse". Mais elles se plaisent particulièrement lors de périodes d’incertitude élevée mais "en baisse". C’est ce qui s’annonce.

Les retombées de l’invasion russe

Prenons, par exemple, l’invasion russe. Ses retombées ont accentué le tumulte du début d’année, mais elles n’altèrent pas mes prévisions pour 2022 : un premier semestre volatil suivi d’un fort rebond en fin d’année. Certes, l’issue de la guerre est incertaine. Mais la situation commence à s’éclaircir autour de la principale préoccupation des marchés : l’énergie. Le pétrole se situe en effet 20 % en deçà du pic atteint début mars. En Europe, les contrats futurs à court terme sur le gaz TTF sont en recul de près de 60 %.

Les marchés ont également digéré les embargos américains et britanniques sur l’énergie russe. Ils observent que la Chine et l’Inde achètent du brut russe à prix cassé, prouvant que l’offre n’a pas disparu du marché. Ils savent que Vladimir Poutine n’a pas stoppé les acheminements vers l’Union européenne (UE), ce qui, là encore, renforce la visibilité.

Certes, l’incertitude persiste. Un embargo de l’UE sur le gaz russe est possible, mais peu probable. Une telle décision ferait flamber les cours et nuirait aux grandes plateformes d’importation, comme le port de Zeebruges. Toutefois, l’opposition de l’Allemagne à cet embargo aide les marchés à intégrer les différentes probabilités de toute interdiction et leur ampleur. La moindre avancée réduit l’incertitude, rendant les hypothèses moins effrayantes.

Hausse des taux

L’incertitude retombe également du côté des banques centrales. Les États-Unis ont déjà entériné un mouvement de hausse des taux. L’heure du "resserrement quantitatif" est proche. La Banque centrale européenne, de son côté, a accéléré la réduction de son assouplissement quantitatif. Toutes ces craintes sont pour moi infondées, mais nous en connaîtrons bientôt les effets, et l’incertitude se dissipera.

Les confinements en Chine : ils sont imprévisibles, mais les marchés savent que les brusques ralentissements qu’ils provoquent s’inversent rapidement une fois les restrictions levées.

La magie des "midterms"

Sur le plan politique, les prochaines échéances électorales majeures sont peu nombreuses, avec les élections fédérales en Australie en mai et les législatives françaises en juin. À l'automne, tout de même, se tiendront les très attendues midterms du Congrès américain (élections de mi-mandat durant lesquelles les Américains seront appelés à renouveler l'ensemble de la chambre des Représentants et un tiers du sénat). Une campagne virulente suscite toujours des craintes très tôt lors des années d'élections de mi-mandat et freine les actions mondiales. Cependant, le parti du président perd généralement des sièges et le blocage politique qui s'ensuit est un facteur haussier.

C’est d’autant plus probable cette fois-ci compte tenu de la majorité démocrate très ténue du président Joe Biden. L’impasse politique empêche l’adoption des grandes lois que redoutent investisseurs et entreprises, une situation dont les actions raffolent.

La magie des midterms est le plus souvent tronquée par les biais politiques. Gardons toutefois cette donnée en tête : depuis 1925, dans 83 % des cas, lors des années de midterms, les actions ont progressé au cours du quatrième trimestre, car les cours intégraient un blocage politique. Ces hausses se sont régulièrement prolongées au cours de l'année suivante. Les vents contraires identifiés aujourd'hui n'auront plus l'effet de surprise suffisant pour empêcher une redite en 2022.

Ne nous laissons pas influencer par la volatilité persistante. Il est impossible et insensé de prédire les variations à court terme. Au cours de ces 20 dernières années, au premier trimestre, les actions mondiales ont grimpé de 248 %, un chiffre qui inclut chaque marché baissier, chaque correction, chaque recul.

L'incertitude ne disparaît jamais totalement, alors souvenons-nous de cette autre maxime : "Si c'est la clarté que vous recherchez, le marché boursier est un endroit très onéreux où la trouver". Quand les choses se seront éclaircies, les actions seront plus chères que lorsque l'avenir était nimbé de brouillard. Celui qui achète au cœur de la brume est doublement heureux lorsque celle-ci se dissipe.

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