Entrepreneurs en transition #33 : Ces agronomes qui bifurquent…

Une chronique de Roald Sieberath, multi-entrepreneur, coach de start-up et responsable de l’Accélérateur Transition pour LeanSquare, professeur invité à l’UCLouvain et à l’UNamur.

Contribution externe
Roald Sieberath.
Roald Sieberath. ©D.R.

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En très peu de temps, une de ces vagues de diffusion s'est emparée des réseaux sociaux : la vidéo de cette poignée d'ingénieurs agronomes fraîchement diplômés d'AgroParisTech, qui, lors de leur promotion, viennent tenir un discours "contre le système". Comme beaucoup d'autres, bien sûr, j'ai applaudi cette audace, cette liberté d'esprit, cette remise en question, et j'ai partagé à mon tour. Le système qui nous nourrit a bien des défauts, et il doit certainement être réformé en profondeur : les monocultures intensives, la productivité folle, la mondialisation qui nous amène des fruits toute l'année, ont semblé en leur temps de fantastiques idées de progrès. Avec le recul, on voit craquer les coutures de ce modèle et on réalise que la machine ne tourne plus rond… sans trop savoir comment la changer.

Toutefois, dans un monde binaire, qui aime "soutenir à 100 %", qui préférera toujours le panache de David à la lourdeur de Goliath, j’espère qu’il reste de la place pour du discernement. Pour ma part, je voudrais soutenir… à 90 % ce genre de démarche, et sur les 10 % qui restent, je voudrais appliquer quelques réserves.

Ces étudiants me semblent un peu dans une attitude caricaturale de ce à quoi ils veulent s'opposer. À les écouter, toute démarche de développement durable ou de RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) ne serait qu'un jeu de dupes ? Toute innovation, toute start-up est à jeter "parce qu'elle ne sert que les investisseurs" ? Ou qu'il est impossible de changer le système de l'intérieur ?

Je suis un grand adepte de systémique, donc je trouve beaucoup de vertu à critiquer le système, à ne pas en être dupe. Mais par contre, j'ai du mal à croire que la seule solution soit de le quitter complètement. Ne pas réfléchir at scale, à l'échelle, quand on a une formation d'ingénieur, c'est se priver d'avoir un impact positif plus large. Je pense pour ma part qu'il existe des innovations indispensables, et des start-up plus qu'utiles. Et que l'on peut changer (un peu) le système en ayant au moins un pied dedans. Par exemple, les satellites d'Aerospacelab font partie de la solution, car ils permettront de monitorer les gains ou pertes de forestation, de tenir les grands acteurs à leurs engagements verts et de prédire les mauvaises récoltes.

Certains gros acteurs peuvent certes être suspectés de greenwashing, mais il existe aussi dans ce monde des change makers authentiques. Le monde à venir se changera avec beaucoup d'esprit de remise en cause du système actuel (et merci à ces diplômés), mais également d'innovation, de start-up de transition et de réflexion avec certains acteurs existants…

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