Elon Musk, entrepreneur visionnaire mais patron digne du XIXe siècle

Entre le 100 % au bureau ou à domicile, le travail hybride contribue à la productivité et à la motivation des employés. Une chronique signée Anja Van den Broeck, professeure à la faculté Economie & Bedrijfswetenschappen de la KU Leuven, spécialisée en motivation du travail, et Wim Van der Linden, porte-parole du prestataire de services RH Tempo-Team.

Contribution externe
Elon Musk, CEO de Tesla.
Elon Musk, CEO de Tesla. ©AP

Le fantasque Elon Musk oblige son personnel à être présent au moins 40 heures par semaine en entreprise, car "qui ne vient pas au bureau devrait aller ailleurs faire semblant de travailler" , prétend-il. Une vision dépassée d'un milliardaire excentrique. Hélas, on constate qu'en Belgique aussi, de nombreux employeurs demeurent convaincus que le télétravail n'a pas sa place en entreprise.

Malgré la généralisation du télétravail et la prédilection de 44 % des travailleurs pour conjuguer travail en entreprise et à domicile, un employeur sur trois préfère que son personnel soit quotidiennement présent sur place. D’après notre étude du marché du travail, il semble pourtant qu’interdire le travail à domicile ou à distance nuise à la productivité, à la motivation et au bien-être des collaborateurs. Ceux qui ont le choix de rester travailler chez eux enregistrent des résultats nettement meilleurs en matière d’optimisme, de motivation, d’équilibre travail/vie privée, d’intérêt ressenti et de bonheur dans les relations avec les collègues que ceux qui doivent être chaque jour présents.

Mieux encore : les télétravailleurs se disent davantage soutenus par l’entreprise. Bref, ils sont à la fois plus satisfaits et plus productifs que les collègues qui ne prestent que dans les murs de la firme.

Contrôle versus coaching

La vision très conservatrice d’Elon Musk quant au lieu d’emploi montre s’il le fallait encore à quel point certains managers et chefs d’entreprise éprouvent des difficultés à refréner leur envie de contrôle. Ils tiennent à surveiller le travail de leurs collaborateurs, voire à dicter leurs tâches jusque dans les moindres détails. Mais ce que l’on appelle "micromanagement" n’améliore pas leurs aptitudes, au contraire : les travailleurs à qui l’on dit très précisément ce qu’ils doivent faire (et qui doivent sans cesse se justifier) ressentent une forte pression, finissent par se démotiver et au fil des ans, se contentent de suivre passivement les ordres. Cela bride leur épanouissement et leur esprit d’initiative.

La solution ? Elle ne réside pas dans le contrôle mais dans l’encadrement des travailleurs, pour leur insuffler du dynamisme. Un style de management tourné vers l’assistance et les résultats améliore les performances des collaborateurs et leur donne des opportunités de développer de nouvelles compétences. Ce qui à son tour dope la motivation et la productivité. Les deux parties sont gagnantes !

Le travail hybride est aussi plus durable

Les travailleurs d’aujourd’hui ne se retrouvent plus dans un modèle qui impose une présence quotidienne en entreprise. D’un autre côté, concentrer tout le travail à domicile est source de nombreux problèmes pour les managers. Dès lors, la combinaison de télétravail et d’activité en entreprise semble mieux équilibrée et plus productive.

Ce modèle hybride, qui autorise les travailleurs à ne venir en entreprise que quelques jours par semaine, permet aux dirigeants de mieux les encadrer, plutôt que les contrôler, et améliore les performances de chacun. À condition de définir des accords précis au niveau de l’entreprise et de l’équipe, et de donner à chacun des marges de manœuvre pour établir, de façon volontaire et individuelle, des accords mutuels au sein d’un cadre préétabli.

Elon Musk est assurément un entrepreneur visionnaire mais son style de management est celui du XIXe siècle. Il s’illustre par ses technologies mais oublie que l’entreprise ne peut briller qu’avec des collaborateurs motivés. C’est grâce à cette force vive que l’homme d’affaires peut envoyer des fusées dans l’espace. Mais son personnel ne serait-il réellement bon que s’il travaillait en un seul endroit ?

Pour un entrepreneur de ce calibre, une telle attitude l’empêche de jouer aussi un rôle de premier plan en matière de ressources humaines et d’encourager les managers et les travailleurs à donner le meilleur d’eux-mêmes, quel que soit leur lieu de travail.