Les marchés baissiers font peur à tout le monde. Mais positionnez-vous pour ne pas rater le rebond

Un marché baissier ne dure qu'un temps. Cela peut sembler évident mais ne pas paniquer et faire les bons choix pour saisir la balle au (re)bond est possible. Une chronique de Ken Fisher, fondateur de Fisher Investments.

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Les marchés baissiers font peur à tout le monde. Mais positionnez-vous pour ne pas rater le rebond
©AFP

Que nous réserve l'avenir ? Alors que le S&P 500 et les actions mondiales en USD suivent la zone euro en territoire baissier, de New York à Namur, la presse s'affole, annonçant le pire. C'est possible, mais au lieu de vendre, il faut se positionner pour un rebond inédit tiré par les grandes capitalisations de croissance, à cibler dès à présent en Europe et ailleurs.

Si un marché baissier peut faire peur, il faut garder son calme. Depuis 1969, date des premières données mondiales fiables, la période médiane entre le début d'un marché baissier en USD (recul de -20 %) et son plancher n’est que de 0,8 mois, avec un repli de seulement 7,6 %. Le rebond est proche, ne le laissez pas passer !

Achetez des actions de croissance dès à présent ! En effet, les segments qui reculent le plus se redressent souvent le plus vite, favorisant en général les titres « value », premiers à s'envoler après avoir subi la baisse plein fouet à cause de leur sensibilité à l'économie. Mais pas cette fois. Depuis le pic de janvier, le repli des actions de croissance (-25,4 %) a été trois fois supérieur à celui des titres « value » (-8,0 %) à l’échelle mondiale. Cette fin de règne est souvent imputée aux valorisations vertigineuses et à la hausse des taux. À tort, car la vigueur actuelle des actions « value » est liée au sentiment baissier. Entre janvier et la mi-juin, les actions mondiales ont connu 54 séances de hausse, avec une surperformance des titres de croissance dans 72,2 % des cas et 65 séances de baisse, avec une surperformance des actions « value » dans 81,5 % des cas. Quand le marché actions recule, les actions « value » ont le vent en poupe, mais lorsqu’il progresse, ce sont les titres de croissance qui mènent la danse. Cela peut sembler évident, mais peu de gens s'en rendent compte.

La tendance est dictée par le sentiment, la plupart des replis majeurs étant liés à un ou deux faits d'actualité anxiogènes, comme les confinements en 2020 ou la crise de l'euro en 2011. J'en dénombre actuellement 7, qui nuisent particulièrement aux titres de croissance.

Les craintes de récession dopent les positions défensives

Prenons la hausse des taux. Pour beaucoup, les projets de relèvement de la BCE en juillet et les interventions de la Fed ne sont qu'un début et la hausse des taux dévalue les prévisions bénéficiaires attrayantes des sociétés de croissance. C'est faux ! Depuis 1973, les titres technologiques mondiaux ont surperformé pendant plus de la moitié des années de relèvement des taux. Mais la peur mine le sentiment.

La flambée des prix de l’énergie et les pénuries de matières premières favorisent les secteurs de l'énergie et des matériaux, composés en grande partie de sociétés que l’on qualifie de « value ». Les craintes de récession dopent les titres défensifs des services publics et de la consommation de base.

Cependant, la résistance inhabituelle des actions « value » durant cette phase baissière montre que les marchés, tournés vers l'avenir, ont déjà intégré ces inquiétudes. Des évolutions positives comme l'inclinaison positive de la courbe des taux mondiale, l'essor des services en Europe après les confinements, l'augmentation de la production pétrolière américaine et la croissance robuste du crédit sont largement ignorées.

Ces facteurs dopent des secteurs de croissance récemment mis à mal, comme la consommation discrétionnaire, les services de communication et les technologies, à la traîne depuis début 2022. D'importants rebonds sont à prévoir. Prenons l'exemple des marchés américains, où les secteurs ont un long historique. Depuis 1970, les rendements sectoriels avant les planchers de marchés baissiers présentent une corrélation médiane de -0,73 avec ceux relevés six mois après les creux (1,0 indique un mouvement identique et -1,0 opposé). Ainsi, les titres qui baissent le plus se redressent également le plus vite.

Il convient dès lors d'investir dans des sociétés de croissance (Big Tech et profils similaires) aux États-Unis, aux Pays-Bas et à Taïwan, et dans des acteurs du luxe en Suisse et en France.

Et si je me trompais ? Les actions « value » semblent encore risquées. Un marché baissier prolongé et plus marqué présagerait une récession, nuisant à la demande en matières premières et aux secteurs des matériaux et de l'énergie, essentiellement composés de sociétés que l’on qualifie de « value ». Les crédits pourraient être gelés, plombant le secteur financier. Il faut donc acheter des titres de croissance, maintenant.

Penser à court terme est contre-productif : tournez-vous vers l'avenir avec une vision internationale et anticipez le rebond.