Le "pessimisme issu de l’incrédulité", signe d'un puissant rebond qu'il faut savoir saisir

Les craintes se multiplient sur les marchés mais ne vous laissez pas duper. Ce pessimisme issu de l'incrédulité est une opportunité. Une chronique de Ken Fisher, fondateur de Fisher Investments.

Contribution externe
Le pessimisme entêté a pour conséquence paradoxale que toute nouvelle qui n’est pas catastrophique est susceptible de provoquer une hausse des cours.
Le pessimisme entêté a pour conséquence paradoxale que toute nouvelle qui n’est pas catastrophique est susceptible de provoquer une hausse des cours. ©AFP

Depuis le 13 juin, jour où les actions mondiales en USD ont perdu plus de 20 % de leur valeur par rapport à leur pic de janvier, à l’image de la zone euro, la presse internationale crie au marché baissier. Beaucoup prédisent d’autres baisses importantes. À tort peut-être. Contrairement à la plupart des cycles baissiers, ce repli est consécutif à une perte de confiance, une caractéristique typique d’une correction. Son ampleur découle du grand nombre de craintes qui viennent l’alimenter. La situation s’apparente cependant à un marché baissier dans un domaine clé : elle a donné lieu à ce que j’appelle depuis longtemps le “pessimisme issu de l’incrédulité”, au fondement d’une reprise.

J’ai déjà beaucoup traité du sujet. Il apparaît à la suite de replis majeurs qui ont sapé le moral des investisseurs, les incitant à se concentrer sur les facteurs négatifs tout en ignorant les bonnes nouvelles ou en affirmant qu’elles ne tarderont pas à se muer en catastrophe. Ce pessimisme entêté a toutefois pour conséquence paradoxale que toute nouvelle qui n’est pas catastrophique est susceptible de provoquer une hausse des cours.

Cette situation s’est généralisée. L’enquête de juillet que Bank of America a menée auprès de gestionnaires de fonds a conclu que les anticipations de croissance dans le monde ont atteint un creux historique. De même, la confiance des consommateurs américains, belges, allemands et britanniques est au plus bas. Les plus pessimistes annoncent une récession en Europe causée par le secteur de l’énergie, alors que l’incertitude persiste sur la Russie, qui pourrait décider d’utiliser l’approvisionnement en gaz comme une arme, et sur les plans de rationnements de l’UE.

En parallèle, les “oui, mais”, des indicateurs “contrariens” puissants, se font de plus en plus présents : oui, la Chine rouvre son économie après les confinements du printemps, mais les nouvelles mesures de restriction sporadiques laissent présager des confinements plus généralisés. Oui, les fortes craintes de l’an passé liées à la vigueur de l’euro se sont estompées, mais la vigueur actuelle du dollar condamne les marchés émergents et contraint l’Europe à importer de l’inflation. Oui, les craintes de récession sont répandues, mais les marchés ne les ont pas encore intégrées dans les prix.

Rien de bien nouveau, en somme. Revenons à mai 2020, lorsque je vous disais que le pessimisme issu de l’incrédulité était à son comble. Des données rétrospectives déplorables faisaient la Une des journaux, telle que la chute de 18,7 % en glissement mensuel de la production industrielle de la zone euro en avril. “Oui, mais” était la réaction automatique à toute actualité positive, et présageant donc de bonnes surprises, et des rendements considérables. Entre le creux de mars et la fin de l’année 2020, les actions européennes se sont envolées de 53,3 %.

"Le Grand Humiliateur"

Le pessimisme issu de l’incrédulité s’intensifie pour le moment, avec au moins huit tendances effrayantes alimentant les craintes. En outre, nombreux sont ceux qui jugent les prévisions moroses encore “trop optimistes”. La Banque mondiale a par exemple baissé ses prévisions de croissance pour 2022. D’autres interventions similaires sont à prévoir, notamment après que le FMI a aussi décidé de revoir à la baisse ses prévisions de croissance mondiale.

La morosité omniprésente causée par le pessimisme issu de l’incrédulité amorce une reprise, mais celui-ci risque de durer. Prenons l’exemple de l’année 2020, durant laquelle beaucoup avançaient que les marchés “ignoraient” les mauvaises nouvelles alors même que les actions remontaient. Cette année-là, le PIB de la zone euro pour le deuxième trimestre s’est effondré de -11,7 % en glissement trimestriel après le début de la reprise. Les dépenses des consommateurs ont reculé sur fond de nouvelles restrictions, le tourisme et les compagnies aériennes étaient en difficulté. Pourtant, lorsque l’horizon s’est dégagé, les actions s’étaient déjà envolées. Elles n’avaient pas besoin d’un contexte parfait pour rebondir et ce sera également le cas aujourd’hui.

Je me plais souvent à appeler le marché boursier “le Grand Humiliateur”. Il cherche à tromper le plus de monde, pour le plus d’argent et pour aussi longtemps que possible. Le pessimisme issu de l’incrédulité est l’un de ses meilleurs outils. Il pousse de nombreux investisseurs à vendre, dans l’attente d’une meilleure visibilité alors que les actions grimpent. Ne vous laissez pas duper. Visez la reprise à venir.