"Il est urgent de passer à une cinquième révolution industrielle" : Le 'business as usual' n’est plus une option

Il faut de nouveaux modèles qui réalisent une articulation entre les 3 P de "People-Planet-Profits". Une chronique signée Frédéric Ooms et Bernard Surlemont, Professeurs à HEC Liège – École de gestion de l’Université de Liège.

Contribution externe
Une cinquième révolution industrielle va devoir passer par une remise en question du modèle capitaliste de la maximisation du profit pour l’actionnaire.
Une cinquième révolution industrielle va devoir passer par une remise en question du modèle capitaliste de la maximisation du profit pour l’actionnaire. ©Shutterstock

Depuis la naissance de la première révolution industrielle et de la machine à vapeur, l'homme n'a cessé d'innover. Au travers des quatre révolutions industrielles, les nombreux progrès technologiques, développés par des entrepreneurs ayant anticipé une opportunité commerciale, ont indéniablement contribué à améliorer la qualité de vie sur notre planète. Nul ne peut cependant nier, qu'ils se sont, pour une grande majorité, réalisés au détriment de la loi de la conservation de la matière découverte par Antoine Lavoisier (1789) : "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme".

Une formulation simple, et donc efficace, qui résume le concept d’économie circulaire qui vise à passer du tout jetable à un modèle économique circulaire. Déjà formulée par le Grec Anaxagore de Clazomènes, en 450 avant Jésus Christ, Lavoisier nous rappelait pourtant, peu après le début de la première révolution industrielle, que nous vivons sur une planète dont les ressources ne sont ni infinies, ni gratuites.

Malgré tout, après plus de 300 000 années d’existence sur la planète, Homo sapiens a réussi, en prenant le chemin inverse et en à peine trois siècles, à détruire un grand nombre de ressources et à rendre sa vie future fort probablement plus inconfortable, incertaine et complexe.

Les deux premières décennies de ce 21e siècle, marquées par de nombreuses crises, financières, climatiques, sociétales, sanitaires (Covid-19), énergétiques ou géopolitiques (guerre en Ukraine), nous montrent, à quel point, nous sommes de plus en plus confrontés à des situations inédites et que le business as usual n'est plus une option. Une cinquième révolution est nécessaire.

Les deux premières décennies de ce 21e siècle ont été marquées par de nombreuses crises: Covid-19, Ukraine,…
Les deux premières décennies de ce 21e siècle ont été marquées par de nombreuses crises: Covid-19, Ukraine,… ©AFP

Une cinquième révolution

Si nous voulons éviter une répétition accélérée de ces crises et faire mentir les pires scénarios des "collapsologues", il est urgent de passer d’une quatrième révolution à une cinquième révolution. Celle-ci va devoir redonner à l’homme et à la planète, la place qu’ils méritent. Cette révolution est certainement la plus importante et la plus difficile qu’Homo sapiens devra accomplir. Elle va devoir passer par une remise en question du modèle capitaliste de la maximisation du profit pour l’actionnaire. Il s’agira de mettre en œuvre de nouveaux modèles qui réalisent une articulation et un équilibre délicat entre les 3 P de People-Planet-Profits. Cette révolution passe par la formation d’une génération d’entrepreneurs désireux d’apporter un impact positif et portés par une raison d’être qui transcende la seule rentabilité économique.

C'est l'objectif que les universités de Zagreb (ZSEM), de Vilnius (ISM) et de Liège (HEC) se sont donné en lançant un Master Erasmus Mundus en Entrepreneuriat à Impact.Ce Master qui débouche sur trois diplômes voit sa première cohorte débuter en ce mois de septembre 2022 à Zagreb. À partir de plus de 400 candidats, l'édition 2022 a recruté 21 futurs entrepreneurs à impact. Ils sont issus de 19 nationalités d'origine très différentes (Nigéria, Équateur, Azerbaïdjan, Palestine, Mongolie, Ukraine, Argentine, Mexique, Brésil, Turquie, Bangladesh). Dans le cadre de leur parcours de 18 mois, ils seront à Liège en septembre 2023 pour peaufiner le projet entrepreneurial d'impact dont ils doivent être porteurs.