Apprenons à vivre ensemble sobrement avec une énergie rare et chère

Croire qu’il s’agit d’une conjoncture temporaire ne nécessitant que des aides et subventions ponctuelles est illusoire. Une chronique signée par la Coalition Ecopreneur Kaya, avec la contribution de 21 Solutions, B2 Consult, Cap Conseil, CO2logic, Deplasse Associés, Ecores, Factor X, Groupe One, Metamorphosis et Watt Matters.

Contribution externe
Nous nous sommes habitués à ne pas payer l’énergie à son juste prix, celui qui inclurait la réparation des dommages environnementaux.
Nous nous sommes habitués à ne pas payer l’énergie à son juste prix, celui qui inclurait la réparation des dommages environnementaux. ©Shutterstock

Les tensions géopolitiques actuelles ont été le déclencheur d'une crise énergétique d'ampleur inconnue en Europe depuis les années 70. La multiplication par cinq des tarifs du gaz et de l'électricité impose des changements à la hauteur des enjeux, tant pour les ménages qui se trouvent du coup à risque de précarité accrue, que pour les entreprises qui subissent de plein fouet l'équivalent d'une taxe carbone de plus de 1 500 euros par tonne de CO2 équivalent.

Nous nous sommes habitués à ne pas payer l’énergie à son juste prix, celui qui inclurait la réparation des dommages environnementaux. La croissance de nos économies repose sur cet artifice, consommant sans cesse plus et produisant des biens à l’utilité marginale décroissante. Croire aujourd’hui qu’il s’agit d’une conjoncture temporaire nécessitant aides et subventions ponctuelles pour amortir la hausse des coûts est illusoire, même si un accompagnement des citoyens et des entreprises les plus vulnérables s’impose dans l’urgence. Compter sur le mythe du progrès technologique pour maintenir le statu quo est une chimère. Construire un avenir soutenable passe par une transition juste vers un modèle énergétique décarboné et par l’apprentissage à vivre dans la sobriété, de manière équitable.

Des mesures systémiques

La Coalition Ecopreneur Kaya, voix des éco-entreprises actives dans l'économie circulaire, la mobilité et la logistique bas carbone, les circuits courts, le zéro déchet ou la finance durable, demande dès à présent des politiques centrées sur des mesures systémiques, modifiant les règles du jeu sur le terrain de l'économie réelle, comme :

  • Accélérer la transition énergétique via la constitution de fonds, tant publics que privés, pour investir massivement dans la sobriété, l'efficience et les énergies renouvelables (moins d'énergie, mieux produite, sans nuisance environnementale majeure, visant des prix stables non soumis aux aléas de marchés spéculatifs…). Les prix élevés de l'énergie rendent ces investissements rentables ;
  • Réformer la stratégie d'approvisionnement en énergie et le mécanisme de prix de l'électricité en Europe. La fixation du prix de l'électricité au kWh marginal, soit celui du gaz, conduit à des dysfonctionnements. Les producteurs d'électricité devraient établir leur prix de vente en fonction de leur prix de revient, y incluant le coût des externalités qu'ils devraient assumer ;
  • Mettre fin aux avantages fiscaux et autres subsides ou facilités aux énergies fossiles, comme c'est le cas entre autres au travers des véhicules de société et du secteur de l'aviation en les remplaçant par l'incitation à la mobilité douce, aux transports ferroviaires et fluviaux ou à la cyclo-logistique ;
  • Favoriser, par des normes et réglementations, des mesures fiscales et sociales, l'expansion d'entreprises ayant pour modèle de dissocier notre bien-être et notre prospérité des énergies fossiles. Nos politiques doivent systématiquement favoriser les produits et services bas carbone, préservant l'environnement et les ressources naturelles, pour qu'ils puissent se substituer au business as usual ;
  • Promouvoir l'emploi et la formation dans les métiers des énergies renouvelables et des économies régénérative, circulaire et coopérative, où les entreprises qui aujourd'hui s'y engagent ne trouvent pas suffisamment de personnel qualifié, même pour répondre à la demande actuelle, pourtant appelée à se développer durablement.

Ensemble, apprenons à vivre avec une énergie qui sera toujours plus chère, pour une société résiliente, solidaire et soutenable. Agissons en profondeur face à cette nouvelle crise liée à l’aveuglement d’un trop grand nombre de décideurs, pour enfin mener une politique d’investissements publics et privés dans la sobriété, l’efficience et la décarbonation de l’énergie. Nous comptons, notamment parmi les adhérents de la Coalition, de nombreuses entreprises et institutions expertes en matières énergétique et environnementale qui peuvent y contribuer. Nos politiques, plans, mesures ou comportements ne peuvent se limiter à traiter la situation pour les semaines ou mois à venir car l’énergie et les ressources naturelles se feront toujours plus rares, si nous continuons à les exploiter au-delà de ce que notre planète peut supporter.