Indexation "injuste" des loyers, et pression salariale et coûts de l'énergie: les commerçants, les grands oubliés du pays ?

Le plus grand secteur du pays, grand oublié, souffre des crises énergétiques et d’inflation. Une lettre ouverte de Comeos signée par 50 entreprises.

Contribution externe
Il est totalement inacceptable de subir une indexation de loyer causée par l’évolution du coût énergétique, alors que les locataires n’ont pas d’emprise sur la performance énergétique.
Il est totalement inacceptable de subir une indexation de loyer causée par l’évolution du coût énergétique, alors que les locataires n’ont pas d’emprise sur la performance énergétique. ©Jean-Luc Flémal

Les crises énergétiques et d’inflation touchent tout le monde : les citoyens, les entreprises, et le secteur public. Pourtant, l’attention des dirigeants pour le monde de l’entreprise semble se cristalliser sur l’industrie énergivore.

Les mesures annoncées ne vont bénéficier qu’aux entreprises dont la facture d’énergie est importante et qui subissent les hausses de prix. Si les mesures sont ciblées à juste titre, les décisions laissent sur le carreau un autre secteur qui doit endurer de plein fouet la spirale de l’inflation. Ce secteur est celui qui emploie le plus de collaborateurs dans notre pays : le commerce. Ensemble, nous offrons un emploi à plus de 550 000 citoyens en Belgique.

Actives dans le commerce de détail, nos enseignes sont la courroie de transmission d’une vaste chaîne de valeur entre fabricants, producteurs et consommateurs, un employeur majeur et un solide contributeur à l’économie du pays. Ce délicat équilibre est en train de vaciller et l’inaction n’est plus une option.

La facture d’énergie n’est qu’une partie du problème et ne représente qu’une partie des coûts de nombreux commerçants. Les coûts représentant nos plus grandes dépenses sont liés aux salaires et aux loyers, en sus des charges et taxes en tous genres. Et ces postes augmentent anormalement vite ces derniers mois. Chaque dépense qui ne doit pas être faite ne doit pas être répercutée. Chaque dépense qui ne doit pas être faite permet d’investir, plus important encore, elle permet de survivre.

1. Coûts énergétiques : la seule mesure gouvernementale que les commerçants ressentiront un tant soit peu est la réduction des droits d'accises sur l'électricité et le gaz, tout en sachant que cet élément ne représente qu'une fraction de la facture énergétique. Une discrimination qui persiste en matière d'accises sur l'énergie et de taxes régionales est la différence de traitement entre la consommation d'énergie sur un site (par exemple une entreprise de production) et la même consommation d'énergie répartie sur des dizaines de magasins. Ces derniers, c'est-à-dire les commerçants, se retrouvent avec des tarifs beaucoup plus élevés que les premières. L'élimination de cette inégalité soutiendrait directement le commerce.

2. Indexation des loyers : il est totalement inacceptable, dans le contexte actuel, de subir une indexation de loyer causée par l'évolution du coût énergétique, alors que les locataires n'ont pas d'emprise sur la performance énergétique et que néanmoins, ce sont eux qui supportent la facture. L'indice des loyers commerciaux est d'environ 10 % aujourd'hui et cela s'ajoute à l'augmentation des factures d'énergie. Il conviendrait de geler ou limiter l'indexation des loyers à 2 %, sauf pour les seuls bâtiments qui bénéficient d'un PEB A ou B. Cette mesure permettra de maîtriser les coûts des commerçants et incitera également les propriétaires à investir dans des solutions durables qui bénéficieront à tous sur le moyen terme. Pour les autorités régionales compétentes, cette mesure ne coûte rien.

3. Coût salarial : maintenir le pouvoir d'achat des citoyens est la clé pour protéger l'économie, mais l'impact des indexations automatiques et des charges patronales est particulièrement lourd en temps de crise. Le coût de la main-d'œuvre dans le secteur de la vente au détail augmentera de 10 % cette année, alors que les pays voisins ne connaîtront pas cette hausse. Des pistes existent pour donner plus de net aux employés, sans accroître les charges, au travers d'une réforme fiscale par exemple. Il est donc temps d'entamer les discussions. En parallèle et en concertation tripartite, il est important de se pencher sur les modalités d'indexation des salaires en veillant à contenir les coûts pour les employeurs, à défaut des pertes d'emplois et des restructurations sont à craindre. Certes, nous pouvons compter sur une compréhension de la gravité de notre situation par les responsables politiques, mais il est temps de prendre des mesures qui feront la différence à la fin du mois. Si ce n'est pas le cas, il existe une vraie menace dans les mois à venir d'assister à une accélération de la perte nette d'emplois dans le commerce non alimentaire, combiné à une pression croissante sur les emplois dans les supermarchés.

Cette lettre ouverte a été signée par les CEO de plus de 50 entreprises (voir ci-dessous).

• Èggo (Frédéric Taminiaux) • Delta Diffusion (Philippe Teurlings) • Krëfel (Simon de Wasseige) • ZEB (Luc Van Mol) • Pandora (Philip Ponnet) • Jack&Jones (David Van Gansbeke) • Standaard Boekhandel (Carl Lenaerts) • Club (Carl Lenaerts) • Sleeplife (Wim Herman) • Gamma (Benito Fuso) • Orchestra- Prémaman (Aurélie Youbi) • GrandOptical (Marcel Norbart) • Cameleon (Pascale Switten) • Bogart Beauty Retail : April&Di (Tanguy De Ripainsel) • Electro Dépôt (Jonathan De Nys) • Yves Rocher (Julie Rosenkrantz-De Briey) • State of Art Belgium NV (Kristof Baeten) • Noukies SA (Amaury Gilliot) • Extra (Stephan Lesage) • Buitenhof Tuinmeubelen (Marcel Hoogendoorn) • Bel&Bo (Michel Delfosse) • Royal Crown (Frank Rombouts) • Fédération Belge du Jouet/Belgische Speelgoed Federatie (Marc Dhooghe) • Groupe ETAM BELUX : ETAM, Undiz, Maison 123 (Nathalie Raymakers) • Tom&Co (Thierry le Grelle) • Decathlon (Koen Tengrootenhuysen) • Caroline Biss (Bart Saelen) • Fnac Vanden Borre (Charles-Henri de Maleissye) • Chaussures Maniet Luxus (Allison Vanderplancke) • Svegra : Grando Keukens&Qsine Keukens België (Jean Paul Hagen) • Horta (Jan Van Rossem) • Casa International (Giane Van Landuyt) • Zeeman (Erik Jan Mares) • Maxi Toys (Vincent Deper) • Pro Duo (Olivier Badezet) • vanHaren Schoenen (Marco Kleijn) • Tape à l’œil (Bernard Sombreffe) • AVA Papierwaren (Fay Van Weddingen) • MediaMarkt België (Remko Rijnders) • FBD Group Belux : Ixina Belux&Vanden Borre Kitchen (Willem Stox) • Pearle (Johan van der Straeten) • Meno Group (Daniel van Cauteren) • Wibra België BV (Claudine Nachtergaele) • Alain Afflelou Belgique (Thierry Bernière) • Nespresso Belgilux (Oliver Perquy) • Maxi Zoo (François Valdivieso) • LolaLiza (Joachim Rubin) • Takko Fashion (Erwin Rutten)