Le télétravail risque-t-il de grever le pouvoir d’achat des travailleurs ?

Cet hiver, avec l’envolée des prix de l’énergie, beaucoup préféreront retourner au bureau plutôt que de chauffer chez eux. Une chronique signée Benjamin Tailleur, cofondateur de Horus Software.

Contribution externe
Le télétravail risque-t-il de grever le pouvoir d’achat des travailleurs ?
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La crise sanitaire a marqué le marché immobilier de son sceau. Les maisons quatre façades avec jardin (et même piscine) sont devenues très prisées. Mais aujourd’hui, on assiste à un retour en arrière à cause de la crise énergétique. La facture énergétique de ces grandes propriétés étant souvent élevée, les appartements et les petites maisons bien isolées sont les biens les plus recherchés. Observera-t-on aussi un retour en arrière dans les entreprises cet hiver ?

Depuis la Covid-19, le télétravail s’est généralisé. Aujourd’hui, nombre d’entreprises proposent ou imposent deux à trois jours de télétravail par semaine à leurs collaborateurs. Mais cet hiver, on risque d’assister à un retour des travailleurs dans les entreprises. Avec l’envolée inédite des prix du gaz et de l’électricité, beaucoup préféreront retourner au bureau plutôt que de chauffer leur habitation en journée.

Indemnité de télétravail

C'est bien dommage, car le travail hybride apporte son lot d'avantages : bien-être accru, plus grand confort de vie, satisfaction des collaborateurs, meilleure concentration et productivité, désengorgement du trafic, réduction des frais de carburant et des émissions de CO2, etc.

Pour empêcher cette régression sociale, les entreprises cherchent des solutions. L’une d’elles serait d’augmenter l’indemnité forfaitaire mensuelle de télétravail qui est actuellement de 142,95 euros afin de compenser les frais de chauffage des télétravailleurs. Mais cette indemnité est plafonnée. Calculée pendant la crise sanitaire, elle est aujourd’hui désuète face à l’augmentation des coûts énergétiques.

En augmentant l’indemnité de 100 euros, par exemple, le travailleur toucherait 100 euros nets de plus par mois et l’entreprise dépenserait 1 200 euros par an. En revanche, une augmentation du salaire brut pour compenser les frais de chauffage n’est pas une solution. Pour accorder un montant similaire en augmentant les salaires, les entreprises doivent dépenser deux à trois fois plus d’argent, ce qui est prohibitif. L’indexation des salaires est censée couvrir les situations de ce type. Le problème est que le marché de l’énergie évolue bien trop vite et que l’index est toujours réactif. Il ne vient que combler en janvier un pouvoir d’achat parfois perdu depuis plusieurs mois.

Stop à la charge sur les travailleurs

Par ailleurs, les entreprises qui imposent le télétravail plusieurs jours par semaine réduisent souvent leurs frais généraux. En effet, elles peuvent parfois se contenter de locaux plus petits ou chauffer moins. Et celles qui mettent des voitures de société à la disposition de leur personnel constatent une diminution des frais de carburant, etc. Il est nécessaire de rétrocéder aux salariés ce gain sur l’espace de travail et les frais y afférents.

En offrant la possibilité d’augmenter l’indemnité forfaitaire de télétravail pour rehausser le pouvoir d’achat, cette charge ne serait plus déplacée sur les travailleurs. Bientôt, certains devront choisir entre le confort de vie que leur apporte le télétravail et partir en vacances. Il est grand temps que les pouvoirs publics réagissent.

Sans rentrer dans le débat des voitures électriques par rapport aux voitures thermiques, nous sommes en droit de nous demander si les voitures électriques ne vont pas elles aussi peser sur le pouvoir d’achat des travailleurs.

La mobilité électrique, ça se complique

Seules les entreprises d’une certaine taille disposent d’un parking sur lequel elles peuvent installer des bornes de recharge ou ont les moyens financiers pour équiper leurs employés d’une borne domestique. Les PME implantées en ville n’en ont généralement pas l’occasion. Elles sont pourtant obligées de se tourner, elles aussi, vers les véhicules électriques. Pour éviter que leurs collaborateurs ne doivent recharger leur voiture à domicile au tarif prohibitif de l’électricité, elles optent pour des modèles hybrides. Or, une voiture hybride dont on ne fait pas charger les batteries n’est rien de plus qu’une voiture essence plus lourde et donc consommant beaucoup plus…

La régression sociale est en cours, il est grand temps de l’enrayer. Et il existe des solutions simples pour augmenter le pouvoir d’achat des travailleurs.

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