En Belgique, une seule tasse de café sur 33 est certifiée Fairtrade

De Max Havelaar à Fairtrade, du premier café à toute une série de produits équitables. Le combat continue ! Une chronique de Koen Van Troos, porte-parole et responsable du playdoyer de Fairtrade Belgium.

Contribution externe
Derrère le label Fairtrade, on retrouve aujourd'hui, outre le café, un grand nombre d'autres produits sur le marché.
Derrère le label Fairtrade, on retrouve aujourd'hui, outre le café, un grand nombre d'autres produits sur le marché. ©Shutterstock

Il y a 34 ans, le premier café labellisé Fairtrade faisait son apparition dans les rayons des magasins. Le label Max Havelaar et l’organisation du même nom ont vu le jour en réponse à la situation critique dans laquelle se trouvaient les producteurs de café mexicains. L’objectif : garantir un prix équitable aux producteurs de café et contribuer à l’amélioration de leurs conditions de vie. Grâce au label, dont le logo représentait un cultivateur de café mexicain, les amateurs de café engagés pouvaient faire un choix conscient.

En 2022, le label a beaucoup changé et porte le nom officiel de Fairtrade. Mais… les principes de base n’ont pas changé. Aujourd’hui encore, il s’agit de l’unique label à garantir à la fois un prix minimum et une prime Fairtrade non négociable en plus du prix de vente. Toutefois, l’image du label a été modifiée pour devenir le logo vert-noir-bleu familier du petit homme à la main levée qui ne fait plus explicitement référence aux producteurs de café. Un choix logique, puisqu’il existe aujourd’hui un grand nombre de produits Fairtrade sur le marché. Outre le café, on trouve aussi du sirop pour la toux, de la crème pour le visage et même des ballons de foot.

Un exemple de réussite…

Les ventes des produits Fairtrade sont à la hausse. En Belgique, elles se sont élevées à quelque 260 millions d’euros en 2021, soit presque le double de 2016 (134 millions). Mais le commerce équitable (c’est la semaine du commerce équitable jusqu’au 15 octobre) n’est pas seulement populaire parmi les consommateurs, les producteurs s’y intéressent également de plus en plus. Preuve en est, les 1 880 organisations d’agriculteurs affiliées au système Fairtrade dans plus de 80 pays. Si l’on ajoute à cela les employés des cultures de fleurs et de bananes certifiées Fairtrade, on atteint un total de 1,9 million de personnes en Amérique latine, en Afrique et en Asie pour lesquelles le commerce équitable fait la différence. Ces excellents résultats ne sont possibles que grâce au soutien des entreprises qui optent de plus en plus pour le Fairtrade, et d’un gouvernement qui oriente son propre comportement d’achat et sa réglementation vers davantage de Fairtrade.

Le Fairtrade semble avoir le vent en poupe, mais ce vent souffle-t-il assez fort ? Et le bateau Fairtrade a-t-il suffisamment d’élan ?… Ou pas ?

Parlons du café, qui est à l’origine du label. Aujourd’hui, on compte quelque 830 000 producteurs de café Fairtrade. Ensemble, ils produisent 890 000 tonnes de café par an. Cette quantité, de prime abord astronomique, ne représente en réalité que 8 % de la production annuelle moyenne de café. Pire encore, les producteurs de café Fairtrade ne peuvent vendre en moyenne que 25 % de leurs récoltes aux conditions Fairtrade. Autrement dit, seuls 2 % du café consommé dans le monde proviennent du commerce équitable.

En Belgique, les choses ne sont guère plus réjouissantes : seule une tasse de café sur 33 est certifiée Fairtrade. Trente-quatre ans après son lancement, force est de constater que le bateau Fairtrade est toujours bloqué aux abords du quai…, du moins en ce qui concerne le café.

Pour les autres produits emblématiques du commerce équitable tels que les bananes et le cacao, par contre, la situation s’avère bien plus rose. La part de marché du cacao Fairtrade, par exemple, est passée de 1,9 % en 2017 à 15 % en 2021. Le café devrait pouvoir, lui aussi, connaître cette belle croissance. Pour y arriver, les entreprises et les consommateurs doivent faire preuve de la fermeté nécessaire dans le choix de leur café. Parce que plus que jamais, les producteurs de café sont confrontés aux défis du changement climatique, à la crise économique actuelle et aux conséquences de la pandémie de Covid. Ils ont besoin des conditions de commerce équitable et du soutien garantis par le système Fairtrade. Et les consommateurs ne doivent pas forcément mettre la main au portefeuille. Aujourd’hui, certaines marques de café Fairtrade sont moins chères que des cafés de marque. Rien de plus normal, quand on sait que la répercussion de la prime Fairtrade ne coûte aux consommateurs que 0,13 euro de plus par paquet de 250 g de café moulu. Et si les entreprises optent davantage pour le café Fairtrade, l’offre augmentera, ce qui entraînera une diminution du prix.

Adopter des réglementations

Le gouvernement pourrait encourager cette évolution en soutenant les engagements sectoriels en matière de durabilité, mais aussi en adoptant des réglementations qui obligeraient les entreprises à payer des prix et des salaires équitables.

Il est urgent que les consommateurs et les entreprises se décident à joindre leurs forces afin de faire le choix nécessaire pour un changement de système et que les gouvernements encouragent, voire imposent ces bons choix. En effet, pour Max Havelaar (ou du moins comme le disait en 1860 Eduard Douwes Dekker, alias Multatuli, poète et romancier néerlandais, auteur du roman-pamphlet Max Havelaar) : "Deux demi-vérités ne font pas une vérité." En avant toute, donc, pour des solutions "complètes".