Les crises énergétique et climatique sont-elles liées ?

La crise actuelle ne peut être séparée de la crise climatique. Heureusement, il y a aussi de l’espoir. Une chronique de Hans Bevers, économiste en chef chez Degroof Petercam.

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La croissance de la productivité induite par la technologie constitue aujourd’hui une solution essentielle, bien que partielle, au problème climatique. ©Copyright (c) 2021 Sander van der Werf/Shutterstock. No use without permission.

La crise énergétique qui nous frappe actuellement est, tout comme la crise liée à la pandémie, une nouvelle crise exogène, affirme-t-on. Les économistes entendent par là que la crise serait le résultat d’un choc extérieur. Cette crise n’a donc pas été déclenchée par des risques systémiques au sein du système financier comme lors de la grande crise financière de 2008-2009. Elle n’est pas non plus apparue en raison d’une surdépense irréfléchie pendant des années de la part des entreprises et ménages. Elle serait plutôt la conséquence de la pandémie suivie de perturbations dans l’approvisionnement en énergie.

Il semble pourtant utile de dépasser cette considération étroite et axée sur le court terme. Après tout, cette crise énergétique est directement liée à la crise climatique. Parler de crise climatique nous renvoie immédiatement à l’évolution que notre système économique capitaliste a traversé au cours des dernières décennies. Bien que les forces du marché aient indéniablement permis d’apporter une amélioration considérable du progrès matériel, une force autodestructrice au sein de ce même système se manifeste également. La recherche incessante d’efficacité qu’encourage une telle approche contribue aussi à dégrader et exploiter à la fois l’homme et son environnement naturel.

Faire six fois plus

Cette critique n’est toutefois pas un appel à la suppression du capitalisme. Le mécanisme des prix incite désormais de nombreuses personnes à utiliser l’énergie avec plus de parcimonie. Il ne s’agit pas non plus d’un plaidoyer contre la croissance économique et le progrès matériel. Après les révolutions agricoles, scientifique et industrielle, nous assistons aujourd’hui à une révolution technologique qui ne peut être enrayée. Si c’était possible, serait-ce souhaitable pour autant ? Je ne le pense pas. La croissance de la productivité induite par la technologie constitue aujourd’hui une solution essentielle, bien que partielle, au problème climatique. Une correction et un changement d’attitude à grande échelle sont toutefois nécessaires. Il apparaît comme une évidence que nous dépassons collectivement depuis plusieurs décennies la capacité de charge de notre planète. La gravité de la situation ne semble malheureusement pas encore avoir suffisamment percolé.

Dimanche, le 27e sommet de l’Onu sur le climat, la Cop27, démarre en Égypte. L’optimisme est un devoir moral, dit-on, mais nous accusons un retard considérable. Le dernier collectif des "contributions déterminées au niveau national" (Nationally Determined Contributions) vise à réduire les émissions de 7 % d’ici à 2030 par rapport à 2019. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), les émissions devraient toutefois diminuer d’au moins 43 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 2019 pour que l’objectif de 1,5°C reste réalisable. Nous devrions donc faire six fois plus.

Points de basculement

La crise énergétique qui nous frappe actuellement induit un appauvrissement collectif à court terme. Les décideurs politiques feraient bien de prendre des mesures qui aident financièrement les plus vulnérables. Mais cette nécessité ne doit pas se faire au détriment des efforts consentis et de l’attention portée au défi structurel. En matière de climat, nous ne pouvons tout simplement pas faire la distinction entre le court et le long terme compte tenu de l’urgence. Avec la politique que nous menons actuellement, notre planète risque de se diriger vers un réchauffement de 2,5-3°C.

Fort heureusement, l’Europe renforce ses ambitions en matière de climat. En 2021, la Commission européenne a fixé un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55 % par rapport aux niveaux de 1990 d’ici à 2030. Suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, il y a désormais une intention exprimée de se débarrasser au plus vite des combustibles fossiles russes en se concentrant sur les approvisionnements alternatifs et en augmentant les investissements dans les énergies vertes. La Commission insiste également sur l’importance de l’efficacité énergétique et des économies d’énergie, ce qui est plus que justifié. Se contenter de croire que la technologie nous sauvera est une stratégie imprudente dans un environnement où le risque de "points de basculement", des points où la situation se déstabilise inexorablement, augmente avec chaque dixième de degré de réchauffement.

La législation nationale doit rapidement fixer un prix plus élevé pour la consommation de CO2, tenant compte de corrections sociales. Cela doit également être entrepris au niveau mondial. Aujourd’hui, seul un quart des émissions mondiales de CO2 est soumis à une taxe carbone ou à un système de quotas négociables. La crise énergétique actuelle est douloureuse mais ne peut être séparée de la crise climatique, qui est probablement le plus grand défi du XXIe siècle. Il s’agit d’une crise endogène car nous, les humains, et en particulier le monde occidental, en sommes à l’origine. Heureusement, il y a aussi de l’espoir. Là encore, il peut y avoir un "point de basculement". Les recherches montrent que des transformations profondes peuvent être déclenchées dès que 25 % de la population insiste sur un changement. Les citoyens, les entreprises et les responsables politiques doivent assumer leurs responsabilités et pouvoir se regarder dans un miroir. Un miroir qui invite à la réflexion permanente ainsi qu’à l’action politique.