Pour réduire les inégalités de genre sur le marché de l'emploi : "Un meilleur équilibre entre famille et carrière pourrait aider"

Pour contrôler la dette publique, visons un meilleur équilibre carrière-famille. À la clé, une hausse du taux de participation des femmes et de fertilité. Un chronique de Koen De Leus Chief Economist chez BNP Paribas Fortis.

Contribution externe
Quatre facteurs jouent un rôle dans la conciliation travail-famille : les politiques familiales, la coopération des partenaires, des normes sociales favorables et la flexibilité du marché de l’emploi.
Quatre facteurs jouent un rôle dans la conciliation travail-famille : les politiques familiales, la coopération des partenaires, des normes sociales favorables et la flexibilité du marché de l’emploi. ©Shutterstock

La dette publique belge brute culmine autour de 109 % du PIB. Pour la maîtriser, deux options s’offrent à nous : réduire les dépenses ou augmenter la croissance. Puisque nous sommes manifestement mauvais dans la première option, nous n’avons d’autre choix que de nous tourner vers la croissance. Si nous faisons abstraction de la piste de la productivité, la principale piste à cet égard consiste à mettre davantage de personnes au travail. Avec le vieillissement de la population, cela représente un véritable défi, selon le dernier rapport de la Commission sur le vieillissement (CV).

L’objectif du gouvernement est d’atteindre un taux d’emploi de 80 % d’ici 2030. C’est ambitieux. Cela implique en effet de faire baisser le taux de chômage de 11,3 points de pourcentage… avec un taux de chômage actuel d’à peine 6,3 %. La CV table sur un taux plus réaliste de 76,4 % d’ici 2050, contre un peu moins de 70 % aujourd’hui.

Taux de participation

Une deuxième piste consiste à examiner où il est encore possible d’augmenter le taux de participation. Après un important mouvement de rattrapage chez les femmes, le taux d’emploi total s’élève, chez elles, aujourd’hui, à 65,6 %, contre 74 % chez les hommes. Dans le scénario d’avenir de la Commission sur le vieillissement, les deux pourcentages grimpent à 72,4 % et 80,3 %. Est-il possible de réduire cet écart ?

Un meilleur équilibre entre famille et carrière pourrait aider. On ferait ainsi d’une pierre deux coups : davantage de personnes travaillent et contribuent à l’économie (à court terme) et des études montrent que cela a un effet positif sur le taux de fertilité, à long terme. Le taux de fécondité est tombé à 1,54 en 2020, tout près du point le plus bas (1,51) enregistré en 1985. En 2010, nous étions encore à 1,84, mais l’incertitude croissante liée à la crise de la zone euro et au Covid-19 a inversé la tendance. À long terme, la CV table sur un taux de fécondité de 1,7 enfant par femme. Ce n’est pas suffisant pour stabiliser la population (sans immigration). Cela met encore davantage notre sécurité sociale sous pression.

Quatre facteurs

Quatre facteurs jouent un rôle dans la conciliation travail-famille : les politiques familiales, la coopération des partenaires, des normes sociales favorables et la flexibilité du marché de l’emploi. L’une des principales mesures politiques concerne la garde des enfants. Dans des pays tels que la Suède (80 %) et le Danemark (74 %) où les services publics de garde d’enfants sont largement accessibles, le taux d’emploi et de fertilité des femmes est plus élevé que dans les pays où ces structures sont rares. D’autres mesures politiques telles que le congé parental, certains régimes fiscaux et la durée des journées d’école influencent également la conciliation carrière-famille.

Et puis, il y a le partenaire : bien entendu, il peut, lui aussi, s'occuper des enfants. Le modèle historique des rôles a fortement changé au cours des dernières décennies. Dans les pays où l'autre parent s'engage davantage dans la garde des enfants et les devoirs, le taux de fécondité est plus élevé que lorsque ces tâches reposent de manière disproportionnée sur les épaules d'un seul parent, la femme dans la plupart des cas. Avec son taux de fertilité ultra-faible, le Japon, où seuls 39 % (2017) des hommes estiment que c'est leur rôle de s'occuper des enfants, en est l'exemple par excellence. Attention toutefois : au Japon, malgré ce faible taux de fécondité, le taux de participation des femmes a grimpé en flèche au cours de la dernière décennie. La stratégie Womenomics de l'ancien Premier ministre Shinzo Abe a joué un rôle important à cet égard. Le Japon s'efforce depuis de nombreuses années d'accroître la générosité des programmes visant à améliorer la position des femmes sur le marché du travail.

Lorsque les femmes pèseront plus lourd sur le marché de l’emploi et seront mieux représentées dans des fonctions de management, les stéréotypes liés au genre disparaîtront peu à peu.

- Koen De Leus, Chief Economist chez BNP Paribas Fortis

Pourtant, le Japon, et par extension toutes les cultures conservatrices, a encore beaucoup de progrès à faire. Le Forum économique mondial a estimé que le fossé entre les sexes au Japon était le plus important de toutes les économies avancées. Nous arrivons ainsi aux normes sociales. Les femmes travaillant à temps plein sont encore qualifiées de "mauvaises mères" dans certaines sociétés conservatrices, ce qui leur met implicitement une forte pression. Mais les normes sociales ne sont pas gravées dans le marbre. Lorsque les femmes pèseront plus lourd sur le marché de l’emploi et seront mieux représentées dans des fonctions de management, les stéréotypes liés au genre disparaîtront peu à peu.

Flexibilité du marché du travail

Enfin, il y a la flexibilité du marché du travail. Certains parents préfèrent travailler à temps partiel, temporairement ou non. Avec un score de 25 %, la Belgique dépasse dans ce domaine la moyenne européenne (22,5 % en 2018). La grande flexibilité des régimes de travail à temps partiel - allant de quelques heures de travail rémunéré par semaine aux régimes plus traditionnels de 50 à 95 % - peut toutefois constituer un risque également. De plus en plus de travailleurs à temps partiel sont aujourd’hui contraints de prester moins d’heures de travail par semaine qu’ils ne le voudraient.

Pour les responsables politiques, le message est clair. Il n’y a pas de solutions faciles pour augmenter le taux de fertilité et de participation des femmes. Ceux-ci reflètent souvent les normes sociales existantes et l’absence de politiques spécifiques. Investir dans l’"opérationnalité des ménages" peut s’avérer compliqué à court terme. Mais à moyen et long terme, les avantages sont considérables, tant pour l’économie que pour la société.