En Chine, l’idéologie prime sur l’économie

Politique "zéro Covid", chute de l’immobilier et "prospérité commune" vantée par Xi Jinping : l’économie chinoise recule. Une chronique de Bernard Keppenne, Chief Economist chez CBC.

Contribution Externe
chine chronique
Avec son nouveau mandat, Xi Jinping veut davantage imposer le modèle culturel chinois et son idéologie que se préoccuper de l’économie. ©Shutterstock

Si le fait marquant, mais sans surprise, a été l’obtention, début novembre, d’un troisième mandat pour Xi Jinping lors du Congrès du parti communiste chinois, les changements au sein du comité central du Politburo sont tout aussi importants. Importants car ils montrent que Xi Jinping s’est entouré d’abord et avant tout de ses alliés et aussi parce que les anciens responsables de la politique économique de la Chine ont été écartés. Avec son nouveau mandat, Xi Jinping veut davantage imposer le modèle culturel chinois et son idéologie que se préoccuper de l’économie.

Des changements tout sauf anodins

Ont été écartés de l’organe suprême et donc du gouvernement, le Premier ministre Li Keqiang, le vice-Premier ministre Liu He, le président de la Banque centrale Guo Shuqing et son gouverneur Yi Gang. Par contre, tous les nouveaux membres sont des proches de Xi, à commencer par Li Qiang qui est nommé Premier ministre à partir de mars 2023. En plus de cela, le Politburo est composé de seulement 24 membres, tous masculins, ce qui est une première depuis 25 ans.

Et il faut pointer deux autres membres, également des fidèles de Xi Jinping, Wang Huning, "le Monsieur idéologie" du pouvoir chinois, et Zhao Leji qui était auparavant chargé de la lutte contre la corruption.

Politique sanitaire : pas de changement

Conséquence de ces nominations et du discours de Xi Jinping, et contrairement aux espoirs, la Chine ne va pas abandonner sa politique "zéro Covid". D’une part, parce que les personnes âgées ne sont pas assez vaccinées pour cela et, d’autre part, parce que l’efficacité du vaccin chinois est faible. Mais la conséquence est bien évidemment que dans ces conditions, une reprise de l’économie est compliquée à envisager. Car à côté de la politique "zéro Covid", la chute du marché immobilier entre 25 et 30 % a touché et touche de plein fouet les ménages et donc la consommation. Tout le changement de modèle d’une économie tournée jusqu’à présent vers l’exportation vers une économie soutenue par la consommation intérieure vole en éclats à cause de ces deux éléments. D’autant plus que durant la crise Covid, les autorités n’ont pas apporté la moindre aide aux ménages mais au contraire ont restreint la consommation par les mesures de confinement. Il est d’ailleurs extrêmement significatif que lors de son discours de clôture, Xi Jinping n’ait pas mentionné une seule fois le mot consommation comme outil de stimulation de l’économie.

Alors que le taux de chômage des jeunes de 16 à 24 ans est estimé à 17,9 %, certains économistes chinois l’évaluent plutôt à environ 30 %.

- Bernard Keppenne, Chief Economist chez CBC

Et, à côté de cela, la situation du chômage en Chine pose d’énormes défis et questions. Questions parce que les chiffres officiels ne prennent en compte que les zones urbaines. Ainsi, 50 % de la population n’est pas du tout comptabilisée. Et alors que le taux de chômage des jeunes de 16 à 24 ans est estimé à 17,9 %, certains économistes chinois l’évaluent plutôt à environ 30 %.

Croissance revue à la baisse

Le FMI, fin octobre 2022, a d’ailleurs revu ses prévisions à la baisse pour l’Asie en parlant de vents contraires pour la zone asiatique et en pointant particulièrement la situation en Chine à cause des mesures de confinement et des problèmes immobiliers. Pour ces raisons, il ne table plus que sur une croissance de 3,2 % en 2022 en Chine, contre 4,4 % précédemment, et de 4,4 % en 2023.

Lire aussi | Quelles répercussions sur nos économies en cas d'invasion de Taïwan? "Xi Jinping est radical et semble faire peu de cas des décisions économiques"

Mais les changements pourraient se révéler plus pénalisants pour l'économie car, en dehors de la politique "zéro Covid", Xi Looping a vanté à plusieurs reprises la "prospérité commune", caractérisée par la limitation des revenus excessifs dans les secteurs du divertissement et des technologies et le soutien aux importantes entreprises d'État.

Ce qui met l’idéologie à l’avant-plan au détriment de l’économie.