Quelles sont ces éclaircies dans la grisaille économique ?

L’actualité économique fait grise mine. Mais… voit le soleil derrière les nuages et énumère les bonnes nouvelles. Une chronique de Ken Fisher, fondateur de Fisher Investments.

Contribution externe
 Les éclaircies alterneront avec des passages nuageux parfois nombreux et porteurs de quelques averses depuis la France dès la fin de matinée.
Alors qu’une actualité des plus alarmistes prive une grande majorité d’investisseurs de tout discernement, les bonnes nouvelles fleurissent discrètement. Une éclaircie dans l'actualité qui fait grise mine. ©Belga

Ne voyez-vous pas ? Alors qu’une actualité des plus alarmistes prive une grande majorité d’investisseurs de tout discernement, les bonnes nouvelles fleurissent discrètement. Un fossé béant sépare la morosité ambiante et l’embellie économique bien réelle, et laisse présager un beau potentiel de surprises positives en vue de la reprise des marchés actions mondiaux et de la zone euro.

Trop optimiste, pensez-vous ? Cela peut se comprendre. Mais voilà bien une réaction typique des fins de marché baissier, lorsque le “pessimisme issu de l’incrédulité”, que j’évoquais en août dernier, conduit les investisseurs à se focaliser sur les mauvaises nouvelles, à ignorer tout élément positif et à penser que les bonnes nouvelles ne seront qu’éphémères. Un sentiment qui prévaut largement aujourd’hui. L’indice des prévisions économiques de la zone euro Sentix fait grise mine. Même constat au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Les bonnes nouvelles se multiplient

Pourtant, les bonnes nouvelles se multiplient. Du côté des chaînes d’approvisionnement par exemple. Après avoir clôturé 2019 à 0,01 (un niveau qui n’avait rien de problématique), l’indice Global Supply Chain Pressure de la Réserve fédérale de New York a atteint 4,3 en décembre pour ressortir à 1,0 aujourd’hui. Un niveau certes élevé, mais bien loin de ce qui avait été observé au plus fort des perturbations. L’indice Baltic Dry, qui mesure les coûts du fret maritime, a reculé de 76,5 % depuis le sommet d’octobre 2021. Les indices des directeurs d’achat signalent une amélioration des chaînes d’approvisionnement et une diminution des pressions sur les prix.

Une réalité plus encourageante que prévu en Europe sur le plan énergétique constitue un autre élément positif largement ignoré. Après les sanctions imposées suite à l’invasion russe, les chaînes d’approvisionnement du pétrole ont été – rapidement – remaniées. L’Inde et la Chine ont acheté du brut russe à prix réduit, libérant ainsi d’autres canaux d’approvisionnement mondiaux pour l’Europe. Jusqu’au T3, l’offre mondiale de pétrole a dépassé la demande, ce qui explique la baisse de 34,0 % des cours de l’or noir en USD depuis mars. Si les prix du carburant automobile n’ont cessé d’augmenter en Belgique depuis août, ils refluent bel et bien au niveau mondial (-27,0 % par rapport à leurs sommets aux États-Unis).

”Les stocks européens de gaz sont remplis à 95 % ! “

Et le gaz ? Les stocks européens sont remplis à 95 %. La mise en service d’un nouveau gazoduc danois et polonais à destination de l’Europe centrale est attendue pour le mois de décembre. L’Europe comptera par ailleurs de nouveaux terminaux de gaz naturel liquéfié dès le T1 2023. La presse réfute ces facteurs d’optimisme, scandant qu’il faut s’attendre au pire pour l’année à venir. Du “pessimisme issu de l’incrédulité” tout craché !

Pendant ce temps, la croissance du PIB de la zone euro a dépassé les attentes au T3 (0,8 % en termes annualisés). Aux États-Unis, elle est passée en territoire positif, à 2,6 % en termes annualisés, et a atteint 3,9 % en glissement annuel en Chine. On note une contraction au Japon, due cela dit en grande partie à la faiblesse du yen qui fausse les prix des importations.

Récession ? Peut-être… mais les prêts se maintiennent

Les pessimistes craignent toujours une récession. C’est une possibilité, certes. Toutefois, l’activité de prêt se maintient à un bon niveau à l’échelle mondiale, ce qui stimule l’investissement et les dépenses. Les prêts ont augmenté de 12,0 % en glissement annuel aux États-Unis en octobre. Pourquoi ? Comme je l’expliquais dans ma dernière chronique, les importants volumes de dépôts font pression sur les taux d’épargne, qui restent très bas. Malgré la hausse des taux à court terme, les banques profitent donc de coûts de financement quasi nuls, et sont donc disposées à prêter. Voilà qui pourrait faire perdurer l’inflation. Les craintes selon lesquelles les hausses de taux risquent d’étouffer la croissance se voient ainsi balayées.

La dynamique observée dans le secteur des voyages constitue elle aussi un facteur d’optimisme. En septembre, le trafic aérien mondial a augmenté de 57 % en glissement annuel, pour atteindre 74 % de son niveau d’avant la pandémie. Lors de la troisième semaine de novembre, la moyenne mondiale des repas pris dans les restaurants avec places assises était 11,9 % supérieure à celle de 2019 pour la même période. En Belgique, le marché de Noël de Bruxelles stimule également le tourisme.

Ces facteurs résolument positifs, et pourtant ignorés, font écho au puissant “miracle de mi-mandat” des élections américaines, dont je parlais en septembre. Ouvrez les yeux, chassez la grisaille, vous verrez bien des raisons d’être optimiste.