Ceux qui espéraient un début d’année plus serein seront probablement déjà déçus par les troubles politiques aux États-Unis et les chiffres Covid qui ne s’améliorent pas. Beaucoup se posent des questions : quid de 2021 ? Le marché n’est-il pas trop cher ? Comment une société peut-elle valoir un trillion de dollars ?

Il n’existe pas de réponse claire et définitive, surtout dans la complexité des marchés. L’année 2020 nous aura appris que les prédictions valent rarement plus que le papier sur lequel elles sont couchées. Cela n’empêche toutefois pas de se pencher sur la situation très nuancée, avec une bulle dans l’exubérance et une bulle dans la sécurité. Au milieu, où il est sage d’investir, cela reste sans exagérations, même si certaines sociétés sont montées très vite, la pandémie ayant augmenté la demande de leurs produits et services.

Un simple chèque en blanc

Dans l’exubérance, il y a les SPACs, Special Purpose Acquisition Corporation, formées pour lever du capital via une entrée en bourse (IPO) avec pour objectif, le rachat d’une société existante. La cible n’étant pas forcément définie au départ, la SPAC a une période de maximum 2 ans pour investir le capital, mais doit le rembourser dans le cas contraire, sorte de filet de sécurité pour les investisseurs. Quatre-vingt à 100 milliards de dollars auraient été levés en 2020 auprès de clients privés et institutionnels, grands groupes de private equity, entre autres. Tout cela finira mal, comme cela a été le cas depuis la création des SPAC, il y a 300 ans. Investir dans ce type de véhicule égale un simple chèque en blanc pour parier sur leurs sponsors, parfois des grands noms de la finance. L’exact contraire d’une approche raisonnable qui devrait privilégier les sociétés avec une activité profitable, une croissance stable, un faible endettement et une résilience importante en temps de crise.

D’autres bulles apparaissent chaque année dans les marchés. Il y a eu la mode des impressions en trois dimensions, des sociétés liées au marché du cannabis et des sources de protéines animales. Il suffit de voir les cours de 3D Systems ou Tilray pour comprendre le danger de tels mouvements. 2021 sera peut-être l’année de la petite folie des psilocybines, les champignons magiques contre la dépression et l’anxiété…

Quant au bitcoin, il est, tout comme pour l’or, impossible de valoriser une monnaie, aussi ésotérique soit-elle, sa valeur résidant finalement dans la foi de celui qui la détient. Une société peut toujours être valorisée, ce n’est pas le cas pour le bitcoin.

Cash et actions à hauts dividendes

Dans la sécurité, le cash, même s’il ne paie plus rien, voire coûte de l’argent, reste privilégié. Les actions à hauts dividendes sont également très demandées en alternative aux obligations. Une partie de cette bulle s’est dégonflée suite à la pandémie, mais les sociétés qui continuent à payer semblent toujours surévaluées. Nestlé, dont la croissance a fortement ralenti, est toujours à 25 fois les bénéfices. Pour la même valorisation, Facebook, croît toujours à 25 % par an et bénéficie d’un duopole sur la publicité en ligne avec Alphabet. Certes, la loi anti-trust américaine a été déclenchée et les démocrates désirent démanteler la société, mais à ce niveau, cela semble déjà dans les prix.

Le danger grandit quand les bulles deviennent trop importantes par rapport au marché dans sa globalité, comme en 2000 et 2008. Cela ne semble pas être le cas aujourd’hui. L’immense majorité des sociétés semble adéquatement valorisée.

Apple, le Roger Bannister de la Bourse

Quid alors des sociétés valant plus d’un trillion de dollars ?

Roger Bannister, un athlète britannique, légende de la course à pied, est le premier à avoir couru le mile en moins de 4 minutes. En franchissant cette barrière, il a permis à d’autres de très rapidement faire pareil, chose impossible avant lui. Apple est le Roger Bannister de la Bourse : une fois le concept d’une société valant autant en Bourse démontré, d’autres ont vite rejoint le club, comme Alphabet, Amazon et Microsoft. Le marché a fortement grandi depuis le début de ce siècle, ouvrant la voie pour ces géants qui offrent de vrais produits et dégageant de vrais bénéfices. D’autres devraient rejoindre le club et cela n’est pas un signe de bulle, mais la démonstration de leur incroyable force et empreinte globale, alors que la plupart d’entre elles n’existaient pas il y a trente ans. Le prochain membre pourrait être Facebook, avec une capitalisation actuelle de 750 milliards de dollars, à moins qu’elle ne soit dépecée par la loi anti-trust américaine. Ce ne serait pas le pire des scénarios puisque cela permettrait d’investir dans Instagram, tout comme le split entre eBay et PayPal a permis d’être investi uniquement dans cette dernière.

Il ne reste donc plus qu’à voir ce que nous réserve 2021.