Depuis peu, les médias sociaux se retrouvent régulièrement au cœur de l’actualité. Le contexte Covid-19, les élections américaines, l’assaut du capitole et le code de conduite Australien sont quelques exemples de contextes illustrant la prise de pouvoir de plateformes digitales telles qu’Airbnb et Facebook. 

Ainsi, en août dernier, Airbnb bloque plus de 30 000 réservations pour éviter l’organisation de fêtes clandestines dans le contexte sanitaire du coronavirus. La même décision est prise à la suite de l’assaut du capitole afin d’éviter les débordements lors de l’investiture de Joe Biden. 

Les administrateurs de Facebook, tout comme leurs homologues chez Twitter, prennent, quant à eux, la décision de renforcer leur modération lors des élections américaines et bloquent également le compte de Donald Trump. Plus récemment, Facebook a réussi à faire amender une loi australienne visant à contraindre les géants du numérique à payer les groupes de presse pour le contenu relayé via leurs plateformes.

La prise de pouvoir par les utilisateurs

Au cours de la dernière décennie, les médias sociaux n’ont cessé de proliférer. Les plateformes Facebook, LinkedIn, Twitter et WhatsApp, totalisent à elles seules plus de 3 milliards d’utilisateurs réguliers et génèrent un nombre incalculable de données. Permettant dans un premier temps la connexion entre utilisateurs, les médias sociaux ont rapidement facilité l’expression d’opinions et d’actions collectives, créant ainsi une ouverture inédite à la liberté d’expression universelle. Cette prise de pouvoir par les utilisateurs a conduit à un profond bouleversement, tant d’un point de vue politique et législatif, que socio-économique.

Les médias sociaux se sont imposés comme des espaces de contestation et de revendications populaires, permettant aux utilisateurs de faire valoir leurs opinions positives ou négatives, redéfinissant ainsi les rapports entre gouvernants et gouvernés. La révolution des parapluies à Hong Kong ou le mouvement des Gilets Jaunes sont de bons exemples de contestations politiques relayées sur les plateformes sociales.

Conscientes de la portée de ces plateformes, de nombreuses personnalités politiques y ont créé un compte afin d’entretenir une relation virtuelle avec ces puissants utilisateurs. Nul besoin de rappeler l’usage fait par Donald Trump de Twitter dans sa stratégie de communication.

Le revers de la médaille ?

Inoffensifs au premier regard, les médias sociaux sont devenus des outils de pouvoir à part entière, permettant la propagande, la manipulation de données, la diffusion de fake news et la censure. Les trois pouvoirs indépendants décrits par Montesquieu - le législatif (les élus), l’exécutif (le Gouvernement) et le judiciaire - ne composent plus uniquement avec le "quatrième pouvoir" (la presse) mais doivent faire face aujourd’hui à un "cinquième pouvoir".

Le terme "cinquième pouvoir" fut introduit par le journaliste, sociologue et écrivain Ignacio Ramonet en 2003. Il désigne principalement la montée en puissance de l’opinion publique, initialement facilitée par les médias sociaux, pour s’opposer aux pouvoirs existants, y compris la presse.

Dès leur apparition, les médias sociaux ont modéré les contenus illégaux et offensants publiés par leurs utilisateurs. Ce contrôle a récemment dévié vers une censure des opinions ne cadrant pas avec la vision des gérants de ces géants du web : tout contenu enfreignant le "politiquement correct" est automatiquement bloqué. La censure des critiques à l’égard de la gestion de la pandémie actuelle et les élections américaines nous l’ont démontré à maintes reprises. 

L’invasion du cinquième pouvoir dans nos vies privées et la portée politique des médias sociaux représentent un enjeu majeur pour nos démocraties, menaçant ainsi nos libertés individuelles. Le fameux "Je suis Charlie", ironiquement relayé par le biais de ces plateformes, semble déjà bien loin. À moins que Charlie n’ait lui-même attrapé le Covid-19 ?