Connaissez-vous l’histoire de Jean et Pierre ? Deux frères qui, grâce à un héritage, avaient chacun ouvert un magasin de vêtements. Des années plus tard, Jean possède toujours le même local et emploie deux personnes, tandis que Pierre a développé son entreprise pour devenir une chaîne florissante avec plusieurs magasins à travers le pays, et il emploie maintenant 100 personnes.

Et puis vint le Corona et tous les magasins ont été obligés de fermer leurs portes. Le chiffre d’affaires a fondu comme neige au soleil alors que les coûts fixes continuaient de courir.

Heureusement, les deux frères vivent en Belgique. Le gouvernement a mis en place des mesures de soutien. Aujourd’hui, une proposition concrète est sur la table du gouvernement fédéral pour rendre plus supportable le loyer, qui représente un coût important pour beaucoup de commerçants. A un détail près : le soutien est limité aux entreprises employant maximum 50 personnes. Ce qui signifie que Jean bénéficie d’une intervention dans son loyer mais que Pierre est en réalité puni, parce qu’il est devenu important et donc il ne reçoit… rien. Qui peut expliquer cette logique ? Bien sûr que les aides d'État doivent être ciblées, mais la pandémie frappe les deux employeurs de la même manière et le seul critère qui devrait compter, c’est la gravité de la situation pour le magasin ou le secteur, et non le fait qu'il s'agisse d'un petit ou d'un grand magasin, non ? En Allemagne, le soutien est le même pour tout le monde (La loi prévoit une répartition 50/50 des charges entre le propriétaire et le locataire). D’autres pays aussi sont intervenus de manière importante dans les coûts fixes. Etrangement, ça ne semble pas possible chez nous.

Prenons un autre exemple : le chèque consommation. Celui-ci a été créé pour stimuler la consommation dans la période post-corona. Et où pouvez-vous l’utiliser ? Dans l’horeca et les magasins qui emploient moins de 10 travailleurs. Ici aussi, Jean pourra en profiter tandis que Pierre ne recevra… rien.

C’est la même histoire pour les mesures de soutien régionales : les interventions sont plafonnées, que vous possédiez 1, 10 ou 100 points de vente. Pour l’entreprise de Jean, cela représente 10 % de son chiffre d’affaires tandis que pour Pierre… 1 %.

La liste des exemples est encore bien longue mais pas sans danger. La Belgique compte seulement 220.000 employeurs. Une minorité d’à peine 3% compte plus de 50 employés. C’est cette minorité absolue qui est responsable pour plus de la moitié de l’emploi privé. Nous parlons de jobs qui rapportent au trésor et à la sécurité sociale. Si leur situation devenait problématique, l’impact sur l’emploi serait catastrophique.

Nous vivons aujourd’hui la plus grande crise jamais connue, il faut investir massivement pour revenir sur les rails. Or, quel est l’adage du gouvernement lorsqu’il s’agit de mettre en place le plus grand plan de relance de tous les temps ? Restez nain, sinon vous ne recevrez rien. Et la majorité des moyennes et grandes entreprises sont implantées localement, produisent de la richesse depuis des années et ont créé plus d’emplois pour plus de familles.

Est-ce là le message que l’on veut faire passer à tous les jeunes qui rêvent un jour de fonder leur entreprise ? « Ne visez pas trop grand et surtout pas trop loin de votre nombril ».

C’est pourtant la réalité, parce qu’il s’agit de bien plus que seuls les magasins de Jean et Pierre. Nous vivons dans un pays dans lequel le meilleur snackbar obtient toute les aides disponibles tandis qu’une cuisine bio belge et innovante, qui a gagné ses lettres de noblesse et a déjà percé à l'étranger, rencontre partout des obstacles.

Faites-nous signe lorsque le mot « ambition » apparaîtra dans le plan de relance belge.