L’interruption jeudi dernier du premier tour des nouvelles négociations du Brexit est un nouveau coup dur. Le fossé entre les deux camps demeure gigantesque. Pourtant, les chances de réussite sont plus élevées que lors des dernières négociations.

Une chronique de Joost Derks, Head of Desk NL chez IbanFirst.

« Tu peux jouer avec mon cerf-volant si je peux utiliser ta trottinette ». Les enfants semblent parfois plus doués pour les négociations que l’Union européenne et la Grande-Bretagne. Certes, la comparaison n’est pas tout à fait juste puisque les enfants ne doivent pas tenir compte des intérêts économiques en jeu ni de l’électorat.

L’on pourrait néanmoins s’attendre à ce que les parties fassent preuve d’un peu plus de bon vouloir pour trouver des compromis. Prenons l’exemple de la pêche. Le gouvernement britannique estime que les pêcheurs européens capturent l’équivalent de 500 millions d’euros de poissons dans leurs filets chaque année dans les eaux territoriales britanniques. Cela semble énorme de premier abord, mais il faut savoir que le secteur de la pêche ne représente qu’un peu plus de 0,1 % de l’économie britannique.

Pêche contre finance

Si ouvrir partiellement les eaux britanniques aux pêcheurs européens permettait de faciliter l’accès des banques, compagnies d’assurance et autres établissements financiers britanniques au marché européen, cela semblerait effectivement logique de le faire. Comme l’a expliqué l’expert Davis Miles en début d’année à la Chambre des communes, si les financiers ne peuvent plus faire affaire sur le continent, la Grande-Bretagne risque de perdre 3,5 à 5,5 milliards d’euros par an.

Mais les débuts difficiles de cette nouvelle série de négociations montrent que le temps des concessions est encore loin. Rien d’étonnant dès lors à ce que le cours de la livre sterling ait chuté de près de 10 % par rapport à l’euro au cours de ces dernières semaines. Pourtant, il y a des raisons de penser que le Brexit se passera bien.

Discussions plus aisées

Au cours de ces derniers mois, les deux camps ont continué à discuter par téléconférence. Si ce moyen de communication est idéal pour échanger des informations et faire des projets, il convient bien moins pour aborder des sujets sensibles de manière calme et diplomate.

Rien ne vaut effectivement le détour d’un couloir ou le coin d’un café, à l’abri des caméras et des journalistes. Heureusement, les négociateurs vont pouvoir à nouveau se rencontrer. Dimanche dernier, David Frost et son équipe ont repris le train pour Bruxelles pour rejoindre la table des négociations, et de nombreuses rencontres sont encore prévues à l’agenda des prochains mois.

Qu’en est-il des coûts ?

L’argent, c’est la raison principale qui pourrait expliquer qu’un Brexit sans accord a moins de chance d’arriver que la baisse du cours de la livre sterling. D’énormes enjeux financiers. La Cour des comptes britanniques a déjà estimé que le Trésor perdrait chaque année 30 milliards de livres si ce scénario devait se concrétiser. L’Europe pâtirait également de la situation à hauteur de milliards d’euros. Ces coûts potentiels qui se chiffrent en milliards, ajoutés aux délais serrés dont les négociateurs disposent, les incitent à ne pas traîner.

L’on peut donc se réjouir que les parties puissent à nouveau se retrouver à la table des négociations et qu’elles ne doivent plus parler par écran interposé. Tous les éléments sont réunis pour avancer plus rapidement que ce que les marchés boursiers semblent anticiper pour le moment. Si les pourparlers venaient néanmoins à déraper, il est fort à parier que Boris Johnson et Angela Merkel sortiraient leur baguette magique pour éviter un Brexit chaotique.