L'affaire Carlos Ghosn n'est pas terminée que la légende se crée déjà. 

Millionnaire, influent, charismatique, Carlos Ghosn l'est. Mais c'est aussi un hors-la-loi. Et certains ont eu une fâcheuse tendance à l'oublier, en témoignent les yeux plein d'étoiles de Léa Salamé, journaliste star du service public français, qui lui demandait en "interview exclusive" : " Votre évasion fascine le monde entier. Vous savez que pour beaucoup d'enfants, vous êtes l'homme qui voyagé dans la malle ?"

Outre le fait que la notion d'exclusivité soit toute subjective, Carlos Ghosn ayant fait plusieurs interviews toutes aussi exclusives dans la foulée de sa conférence de presse, il serait donc "l'homme qui a voyagé dans la malle". Un peu comme l'homme qui serait parvenu à voler et se serait brûlé les ailes en s'approchant trop près du soleil.

Mais si la fuite de l'ancien magnat de l'automobile relève des plus subtiles opérations d'exfiltration, ne serait-il pas plutôt tout simplement "l'homme qui s'est dérobé et n'a pas répondu de ses actes devant la justice" ?

Sous couvert d'un principe de présomption d'innocence, qu'il semble avoir appris à aimer, ce qui n'était visiblement pas le cas lorsqu'il abordait en 2011 en direct du journal de 20h de TF1 le sujet de salariés de Renault soupçonnés d'espionnage industriel, il dit avoir fui "l'injustice".

Certes le système pénitentiaire nippon est réputé dur. Il s'est d'ailleurs inquiété pour tous les autres détenus de l'île, qui vivent la situation de laquelle il a pu réchapper. Sympa. Mais il n'empêche qu'il a, dans l'illégalité, fui la justice et ses responsabilités.

Pire que le fait d'avoir fui, le signal envoyé est encore plus consternant. Les salles de tribunaux, de Belgique, de France et d'ailleurs, sont pleines de gens qui sont suspectés d'avoir commis des méfaits. Jamais - ou rarement - ceux-ci concernent des millions d'euros potentiellement cachés. Cela ne justifie en rien leurs actes. Mais ceux-ci les payent au prix de peines, qu'il s'agisse de ferme ou de sursis. Personne ne leur donne de malle. Leurs histoires ne sont pas "fascinantes" Et on ne leur tend pas de micros en leur attribuant une légende naissante aux yeux d’enfants imaginaires.

Et pire encore que l'image d’enfants se mettant à rêver d'un monsieur dont il n’ont jamais entendu le nom, voyageant dans une malle pour échapper aux méchants, celle de journalistes et d’analystes qui démontrent que lorsqu'il est question de personnes de notoriété publique, la notion de "mal" est à géométrie variable. On peut donc être qualifié de criminel au regard de la loi, l’un des trois pouvoirs piliers de nos démocraties et bénéficier, heureusement pas de la part de tous, d’un traitement de faveur de la part du quatrième.